Economie et société de l'URSS de 1917 à 1945

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Economie et société de l'URSS de 1917 à 1945

Message  Amelie_prigent le Ven 13 Mai - 8:19


L'économie et la société de l'URSS de 1917 à 1945

Au début du XX° siècle, la Russie donne l’image d’un pays en retard sur les autres grandes puissances européennes. Sur le plan économique, le pays est encore en majorité agricole. Le monde rural reste dominé par de grands propriétaires terriens confisquant à leur profit l’essentiel des terres, ainsi des millions de paysans pauvres réclament la terre. Parallèlement, la révolution industrielle se développe dans les villes, transformant en prolétaires surexploités ceux que la terre ne parvient plus à nourrir. Sur le plan politique, le tzar Nicolas II tient entre ses mains tous les pouvoirs. L’inertie de cette aristocratie qui s’accroche à ses privilèges freine considérablement l’accession aux postes de responsabilité des couches dynamiques de la bourgeoisie.
Ainsi, la pénurie généralisée, le manque de pain et de charbon entrainent, dès le début de l’année 1917, des émeutes et des manifestations populaires à Petrograd : les journées décisives sont celles de la Révolution de Février (8-11 mars 1917, selon notre calendrier). Un gouvernement provisoire se met en place. Mais le 7 novembre 1917 (25 octobre selon le calendrier russe), en mettant à profit ces faiblesses du mode de ce gouvernement et le mécontentement profond du peuple, le parti bolchevik russe, dirigé par Lénine, s’empare du pouvoir.
Un nouveau type de régime politique se définit : il prône le Communisme, c’est à dire la substitution de la propriété collective à la propriété privée. Il se réclame des idées du philosophe allemand Karl Marx, en faisant la propagande d’une révolution qui abolirait en Russie, comme sur le plan international l’exploitation de l’homme par l’homme.
L’année 1917 donne naissance à un Etat qui se veut donc radicalement nouveau sur les plans politique, économique et social, et qui prend le nom d’Union Soviétique ou URSS (pour Union des Républiques socialistes soviétiques) même si l’URSS en tant qu’Etat fédéral ne nait que le 30 décembre 1922, avec la signature du « Traité d'union » entre la Russie, la Transcaucasie, l’Ukraine et la Biélorussie.
Cette révolution, et les années qui suivent sont donc source d’espoirs pour le peuple et synonyme de changements.
 On peut alors s’interroger sur la façon dont on intègre cette période de l’Histoire de l’URSS dans la continuité russe.
- La Révolution de 1917 fut-elle ou non une rupture, sur le plan économique, avec le régime tzariste? A-t-elle vraiment permis la modernisation d’un pays et d’une société radicalement différents de l’Occident ?
- Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, peut-on affirmer que la Révolution a répondu aux nombreuses attentes de la population, en matière d’amélioration des conditions de vie ?
De manière chronologique il est donc intéressant de voir comment s’organise l’URSS et s’instaure le communisme après la Révolution jusqu’en 1921, puis comment Lénine met en place une Nouvelle Politique Economique (NEP) pour relancer l’économie du pays, mais que celle-ci prend fin en 1928, et laisse place à une économie planifiée voulue par Staline.

I ) 1917-1921, De la Révolution à l'instauration du communisme

A) Le destin de la Russie impériale scellé par les prémices d'une Révolution
1- Évolution du régime monarchique autocratique russe
Pour comprendre la Révolution russe de 1917, il est nécessaire de dresser le contexte des siècles durant lesquels le régime tsariste règne sur la Russie d'une main de fer. Le titre de Tsar vise à faire du monarque l'égal de l'empereur d'Occident, c'est à dire un souverain supérieur aux rois. En tant qu'autocrate, le Tsar est omnipotent et détient ce pouvoir de lui-même. Au cours de l'Histoire, les Tsars de Russie démontrent à plusieurs reprises à quel point ils sont cruels. Le Tsar est un monarque absolu et son pouvoir est sans limite. Il est la source exclusive de toute les lois et contrôle tout. Certains Tsars, s'ils essayent parfois de réformer le gouvernement, abandonnent ou sont contraints d'abandonner sans aucun résultat. Une réforme, chaque fois qu'elle va à l'encontre de certains privilèges de la noblesse, est rejetée aussitôt. Les nouvelles institutions qui sont créées n'ont presque aucun pouvoir et sont là seulement pour leurrer le peuple russe quant à la morale tsariste. Chaque soulèvement du peuple russe suscite des vagues de répression d'une violence inimaginable. Les personnes soupçonnées de ne pas adhérer aux idées tsaristes sont traquées, la censure est très importante, la société est entièrement contrôlée. Les Tsars n'hésitent parfois pas à bafouer les libertés individuelles en refusant aux peuples de disposer d'eux-mêmes. Nicolas II, le dernier Tsar de Russie, déclare dès son accès au trône : « Faites savoir à tous que, me dévouant de toutes mes forces au bien de mon peuple, je maintiendrai le principe de l'autocratie aussi fermement et aussi inflexiblement que feu mon inoubliable père. » Si bien qu'en janvier 1905, pendant le Dimanche Rouge, il réprime dans le sang à une manifestation populaire à Saint Petersbourg, épisode qui lui vaut le surnom de Nicolas le Sanglant et qui le discrédite profondément auprès de son peuple.

2- Marx et Engels, les prémices d'une révolution
Les idées de révolution planent donc dans les esprits bien avant les années 1915... En 1917, quant elle éclate enfin, Vladimir Ilitch Oulianov, plus connu sous le nom de Lénine en prend les commandes. Ses idées sont largement inspirées de celles de ses prédécesseurs, Karl Marx et Friedricht Engels. Pour eux, « l'histoire de toutes les sociétés humaines jusqu'à nos jours n'est que l'histoire de la lutte des classes ». Quelle que soit la période de l'Histoire étudiée, un antagonisme des classe existe : au cours de la période esclavagiste (les esclaves contre les plébéiens), de la période féodale (les serfs contre les seigneurs) et enfin de la période capitaliste (les prolétaires contre les capitalistes bourgeois). Selon eux, l'évolution des moyens de production change les conditions économiques et amène au pouvoir de nouvelles classes sociales qui, à leur tour, modifient les modes de production, et ainsi de suite. Pour Marx et Engels, le capitalisme conduit à plusieurs vices de la société comme l'inégalité de la répartition des richesses, l'accroissement constant de la rentabilité par le progres technique, la surpopulation de travailleurs engendrant le chômage... Mais le vice le plus révoltant est celui de « l'exploitaiton de l'homme par l'homme ». Pour résoudre ces problèmes, ils estiment que la prise du pouvoir par le prolétariat est nécessaire et que cette révolution doit aboutir à la naissance d'une nouvelle société sans classe et sans Etat. Cette société nouvelle est appelée « communisme ». La mise en place du celle-si s'organise en deux phases : . D'abord, la dictature du prolétariat pour garantir le triomphe de la révolution puis l'élaboration du socialisme avec la collectivisation des moyens de productions et d'échange. Lutter contre l'oppression du capitalisme, voilà de fondement de la théorie de ces deux communistes révolutionnaires.

B) La Révolution de 1917 : la haine populaire se déchaîne
1- Contexte
Même si la guerre mondiale de 1914 n'est pas la cause de la Révolution, elle en est l'occasion. Lénine affirme que « la guerre est le plus beau cadeau fait à la révolution ». Six mois après le commencement de celle-ci, l'économie russe s'effondre. Les stocks de l'armée étaient suffisants pour 3 mois de guerre, mais il n'était pas prévu qu'elle soit si longue. Les paysans ne parviennent plus à acheminer leurs productions en ville à cause de la désorganisation des transports, et celles-ci restent pourrir sur place. L'effort de guerre qui nécessite la mobilisation massive des ouvriers qui ne sont pas partis au combat et des femmes est éprouvant pour une Russie déjà bien trop affaiblie. De plus, la main d'œuvre n'est pas toujours qualifiée ce qui entraîne la production d'armes défectueuses... La Russie, tournée vers l'effort de guerre et le ravitaillement des troupes néglige le peuple et ne le fournit plus en biens de consommation. Cette négligence provoque l'inflation et des pénuries. Le gouvernement ne maîtrise plus la situation. Les leaders révolutionnaires sont eux aussi divisés et incapables de canaliser le mécontentement populaire. Certains souhaitent une paix immédiate, d'autres veulent continuer de mener une guerre défensive sans arrêter la lutte contre l'autocratie tsariste... Fin 1916, le régime est discrédité et affaibli. La situation intérieure est très confuse, les grèves reprennent de l'ampleur, l'agitation gagne l'armée, le ravitaillement du front et de l'arrière est perturbé et tout cela dans une atmosphère de crise politique. D'autant plus que les gens sont fatigués de voir que le pays accumule les défaites et perd des milliers d'hommes au combat... Alors, même sur le champ de bataille, des mutineries, des désertions voire des fraternisations entre soldats ennemis débutent...

2- 1917, l'année de la Révolution
Le 19 février 1917 les autorités de Petrograd annoncent la mise en place des cartes de rationnement. Les réserves de farine sont minces, et une pénurie rapide de pain est à prévoir. Le 23, pour la journée de la femme, celles-ci défilent calmement dans les rues. Mais vite elles sont rejointes par les ouvriers en grève et des cris s'élèvent : « Du pain ! Du travail ! A bas la guerre ! A bas le tsar ! ». Le lendemain, des centaines d'attroupements se forment et les grèves sont encouragées par l'absence de réactions de la part des autorités. Le 25 février au soir, Nicolas II ordonne de « faire cesser par la force, avant demain, les désordres à Petrograd ». A partir de là, la grève bascule dans la Révolution. Le 27 février est une journée décisive car les soldats pris de remords d'avoir tiré sur leurs « frères ouvriers » la veille et d'en avoir tué près de 500 se mutinent. L'arsenal est pillé, les armes redistribuées parmis les révolutionnaires. Le chaos règne. La haine populaire se caractérise par une violence extrême. En quelques jours le régime s’effondre et le 2 mars 1917, le Tsar Nicolas II abdique. Un gouvernement provisoire de la bourgeoisie se met alors en place. En parallèle, des conseils d’ouvriers et de soldats se constituent : les Soviets. Celui de Petrograd est le plus important. Les Soviets sont la base du pouvoir populaire. Plus tard, les pays rejoignent eux aussi les soviets. Les tensions dues à la concurrence entre le gouvernement provisoire et le Soviet de Petrograd sont palpables et ne cessent de s'amplifier et conduisent par la suite à la Révolution d'octobre. A son retour d'exil, Lénine déclare : « Tout le pouvoir aux Soviets ». Cent mille ouvriers et soldats descendent dans la rue. Le mécontentement gagne la campagne où les demeures des grands propriétaires sont brûlées. En mai et en juin, le gouvernement provisoire ne satisfait aucune des demandes de la population. Les bolcheviks gagnent du terrain. 
En juillet, une tentative d'insurrection populaire est réprimée dans le sang. Le gouvernement provisoire fait tirer sur la foule à Petrograd. En août et en septembre 1917, alors que la guerre continue, l’approvisionnement des villes ne suit plus. La pénurie frappe le peuple qui n'en peut plus. Après un putch du gouvernement provisoire manqué qui devait rétablir l'ordre, le peuple perd toute confiance dans le gouvernement provisoire et les bolcheviks en ressortent renforcés. « Les dix jours qui ébranlèrent le monde » est une expression de John Reed, un journaliste américain, qui définit la période d'octobre 1917. Le moment est venu pour les bolcheviks de préparer l’insurrection. Les régiments de l’armée passent du côté des communistes. Le gouvernement perd toute sa crédibilité en quelques jours, même auprès de sa flotte... Le 25 février, les bolcheviks occupent toutes les places importantes de Petrograd. Une masse de soldats et d'ouvriers armés encerclent le Palais d'Hiver où continue de siéger le gouvernement provisoire. Un ultimatum lui est lancé. Les défenseurs se rendent, la révolution a triomphé. La période de la Révolution montre la Russie comme « le pays le plus libre du monde ». Les bolcheviks au pouvoir créent le Conseil des commisaires du peuple présidé par Lénine. En une journée, il réalise le programme que le gouvernement provisoire n'est pas parvenu à appliquer en huit mois : tout le pouvoir aux soviets, la paix, le pain, la terre. Le 27 octobre, la paix tant attendue est décidée. Les pourparlers avec l’Allemagne commencent à Brest-Litovsk en décembre 1917. La paix est signée en mars. Mais les grandes puissances ne l’entendent pas de cette oreille. Une coalition de 25 pays intervient et soutient les forces contre-révolutionnaires russes provoquant une guerre civile sanglante.

C) Automne 1917-Printemps 1921 : « Le communisme de guerre » en réponse à la « guerre civile »
1- La guerre civile
La guerre mondiale n'est donc pas finie pour l'URSS quand la guerre civile commence. dès novembre 1917, elle oppose les partisans de l'ancien Empire russe, les « Blancs »,aux « Rouges » bolcheviks. Les opposants au régime bolchevik sont appuyés par la France et l'Angleterre, inquiets de la menace communiste. En 1919, elles regroupent plusieurs centaines de milliers d'hommes qui se rassemblent dans certaines provinces sous la direction de l'Amiral Koltchak. Cette guerre dure trois ans. L'armée rouge de Trotsky subit d'abord quelques défaites mais parvient à venir à bout de l'offensive contre-révolutionnaire. La guerre civile est d'abord un chaos indescriptible et très violent. La victoire des communistes a cependant nécessité la mise en place, sur le plan économique, de mesures d'exception, pour sortir le pays ruiné par les conflits. En effet, les forces productives sont détruites, et les villes peinent à être ravitaillées, notamment du fait de la baisse du nombre de locomotive; il n'y en a plus que 4 000 contre 18 000 en 1913. L' économie est donc en crise. Le « communisme de guerre », expression inventée à posteriori pour désigner la période de juin 1918 à mars 1921, est donc l'ensemble de mesures de rigueur prises par les Bolcheviks pour tenter de résoudre les difficultés économiques.

2- Le communisme de guerre


II ) 1921-1928 : La NEP, entre miracle et désillusion

Entre deux périodes de drame sur le plan économique – la guerre civile et la collectivisation – les années de la NEP apparaissent comme une pause, une trêve. C'est le temps des débats sur les voies de développement du pays, et sur l'avenir de la révolution. La Russie se reconstruit. Mais cette reconstruction, sur fond d'archaïsme social et d'autarcie, ne suit pas les voies vers lesquelles la direction du parti bolchevique souhaite faire avancer le pays. La dictature politique et le volontarisme stalinien ne peuvent s'accommoder longtemps d'un développement économique et social qui leur échappe.
A) La NEP, « Une retraite stratégique » ou un compromis nécessaire
1- La fin du communisme de guerre
En 1921, la famine a fait cinq millions de morts, plusieurs millions d’enfants sans foyer, livrés à l’errance et à la délinquance. Petrograd, la capital de 2.2 millions d’habitants en 1918, n’en compte plus que 740 000 en 1921. Jamais dans le passé, où pourtant la Russie a connu des calamités naturelles, une catastrophe humaine d’une si grande ampleur n’est advenue. 60% des terres cultivées on été endommagées et les difficultés de ravitaillement ressurgissent. Les habitants manquent de tout : de matières premières, d’eau, de charbon… Face à cette situation économique désastreuse le régime bolchevik essaye de restaurer le principe individualité des entreprises mais il ne veut pas le retour des grands patrons. Mais face à la colère, et avec l’exemple de Kronstadt, la menace d’une insurrection politique contre les soviets se profile. De plus, une révolte générale se déchaîne dans la province de Tambov, c’est-à-dire des les « terres noires ». Les paysans, non seulement ne supportent plus les réquisitions mais ne reconnaissent plus l’autorité des bolcheviks, et imposent leur propre loi, en arrêtant notamment les convois de blé montant vers les steppes. On remarque que toute la campagne se soulève face aux conditions économiques désastreuses : 25% des terres cultivées en 1913 sont à l’abandon, les rendements sont tombés à de 40%, le matériel agricole n’est pas entretenu, encore moins renouvelé… Le pays est donc fractionné, désorienté en 1920-1921 et n’en peut plus de la révolution. Lénine sent qu’il fallait faire coïncider les aspirations du régime avec celles du peuple et met fin au communisme de guerre. Un débat s’ouvre sur les voies de développement de l'U.R.S.S. Comment moderniser et industrialiser un pays avant tout rural, le faire passer au socialisme ?

2- La NEP : « un Brest-Litovsk paysan »
Pour lui, la solution vient de la Nouvelle Politique Economique. Ainsi, alors que les révoltes sont violemment réprimées, (le 15mars 1921, l’Armée rouge donne l’assaut aux insurgés de Kronstadt) du 8 au 16 mars, lors du Xème Congrès du PCUS, une série de nouvelles mesures économiques est adoptée, qui constitue la nouvelle politique. David Riazanov, théoricien du marxisme, la surnomme le « Brest-Litovsk paysan », en référence au traité signé le 3mars 1918, qui mit fin aux combats sur le front est entre l’Allemagne et l’URSS, ce qui montre que c’est bien un arrêt (plus ou moins forcé) du « conflit » entre les paysans et le pouvoir bolchevik. Pour Lénine, c’est un « repli stratégique », un « capitalisme limité pour un temps limité ». Ainsi, pour permettre à la Russie de reprendre son souffle, il décide, partout où l’économie dépend de l’initiative individuelle, de la rendre aux forces du marché. On assiste à une relative libéralisation économique. Dans ses derniers écrits (Mieux vaut moins, mais mieux ; De la coopération), Lénine développe l'idée, selon laquelle la NEP, instaurée « pour de bon et pour longtemps », doit permettre un développement équilibré entre l'industrie et l'agriculture, créer une « alliance ouvrière et paysanne ». Le but de la NEP est de rendre confiance aux paysans, de leur assurer une relative liberté, pour les inciter à mieux cultiver.

B) Le libéralisme économique, une tentative de retour à l'initiative privée
1- Le retour à l’économie de marché
*L’économie de marché se définit comme le système dans lequel les agents économiques (entreprises/individus) ont la liberté de vendre et d’acheter des biens.
Or, en Russie bolchevick on en est à une économie de troc; il n’y a plus d’argent en circulation dans les campagnes. Cette économie disparait peu à peu, et une nouvelle monnaie viable (le « tchervonetz ») est instaurée en 1922 pour permettre les échanges, et ainsi rétablir la confiance. L’année 1924 est celle d’une véritable réforme monétaire qui abolit les monnaies concurrentes et rétablit le rouble.
Dans l’agriculture, à cause de l’impopularité, les réquisitions sont supprimées. On donne le droit de louer des terres, d’embaucher des salariés agricoles aux plus aisés d’entre eux. Les réquisitions sont en fait remplacées par un impôt en nature ce qui permet aux paysans de gérer leurs contributions. Par le décret du 21 mars 1921, le paysan acquitte un « impôt alimentaire » dont le montant est connu d’avance. Quant au reste de sa récolte, il en a la libre disposition : il peut le donner ou le vendre.
En 1922, on arrête les redistributions de terre en direction des sovkhozes et kolkhozes ; la liberté d’embauche et de culture revient. 6 millions d’agriculteurs qui avaient abandonnés leur exploitation et qui avait fui reviennent travailler la terre. On assiste peu à peu à un retour de l’individualisme agraire.
Dans l’industrie, un décret de 1921 restitue aux anciens propriétaires les entreprises de moins de vingt personnes, ce qui entraine la réapparition des patrons et du salariat privé. Les industries nationalisées obtiennent plus d’autonomie. On compte alors sur le secteur privé pour redynamiser l’économie : il fournit les neuf dixième de la production. Au début de l’année 1928, quand la NEP prend fin, les petites et moyennes entreprises dénationalisées représentent 88% des entreprises industrielles employant près du quart de la main d’œuvre totale.
L’Etat garde cependant la main sur les secteurs clés, comme les banques et les grandes industries. Celles-ci, nationalisées en 1918, doivent toutefois réfléchir avec une mentalité capitaliste ; elles doivent réaliser des profits pour financer leurs activités, pour atteindre leurs objectifs, et ainsi bénéficier d’une liberté de gestion.
La volonté de se mettre au capitalisme provisoire, se traduit aussi par l’appel des techniciens et ingénieurs étrangers pour remplacer les cadres des anciennes entreprises privées. En effet, le pays manque de cadres compétents : en 1921 beaucoup ont quitté l’URSS pour être embaucher ailleurs, et une carence se fait sentir lorsque Lénine dresse un bilan à la tribune du PCUS en 1922. Cet appel est entendu : on voit des ingénieurs américains participer à la construction de barrage hydroélectrique et des ingénieurs de chez Ford installer une usine de montage automobile dans la ville de GORKI.
Enfin, une dernière mesure innovante prise lors de la NEP, c’est l’intervention de l’Etat dans la fixation des salaires et en particulier des salaires minima légaux. En 1922, le Code du Travail décide que le montant de la rémunération du travail ne peut être inférieur à un minimum donné, celui-ci devant être fixé par les pouvoirs publics. L’amélioration de la discipline au travail et le rétablissement de l’industrie produisant des biens de consommation incitent à la hausse des salaires mensuels et journaliers. Au niveau des travailleurs industriels, les salaires mensuels et journaliers augmentent, entre 1923-1924 et 1928-1929, de 88 et 84%. Par exemple, un salarié qui gagnait 37,51 roubles par mois en 1923-1924, gagne 70,87 roubles par mois quatre ans plus tard.

Evolution du salaire mensuel dans la grande industrie de 1923-1924 à 1928-1929
Remarque : Le rouble avait un taux de change nominal fixé aux alentours de 0,62 Dollars ; soit environ 10Francs (ou 1,6 Euros aujourd’hui).
Cette intervention de l’Etat dans l’économie, montre toutefois que le libéralisme économique reste limité.

2- Les limites du libéralisme
En lançant la NEP Lénine n’a pas renoncé à la mise en place d’un système socialiste en Russie. La main mise de l’Etat et du PCUS sur le pays sont autant de garanti pour Lénine de l’impossibilité d’un retour en arrière général de l’URSS du libéralisme.
L’Etat continue à renforcer ses moyens d’action. Créée en 1921, la commission du Plan d’Etat (GOSPLAN) devient l’emblème du socialisme collectiviste. GOSPLAN est l’organisme d'État chargé de définir et de planifier les objectifs économiques à atteindre ; il est en charge du développement de l’URSS par des plans prospectifs et annuels. A sa création son rôle est limité, mais il devient par la suite l’instrument essentiel de la planification durant la période stalinienne.
Cependant, nous l’avons vu, l’Etat conserve le contrôle exclusif des « hauteurs dominantes » – grandes entreprises, banques, richesses du sous-sol, monopole du commerce extérieur.
De plus, la libéralisation économique ne va pas de pair, avec une démocratisation politique. Au contraire : une nouvelle vague de répression s'abat sur les mencheviks, les socialistes-révolutionnaires, ou encore l'intelligentsia, la classe sociale intellectuelle et cultivée, comme le montre l’expulsion de plus de cent intellectuels prestigieux en 1922. Le renforcement de la dictature politique n'épargne pas le parti bolchevique lui-même : le Xe congrès proscrit les fractions au sein du Parti bolchevique ; les militants sont soumis à une purge sévère.
Les contradictions entre l'assouplissement de la mainmise étatique sur l'économie et le renforcement de la dictature politique témoignent de la fragilité du tournant de la N.E.P.
C) La NEP laisse derrière elle un bilan mitigé
1- Des résultats plutôt encourageants …
Avec la Nouvelle Politique Economique, le niveau de vie des habitants s’est nettement amélioré. On voit un essor démographique et un recul de la mortalité. Le gouvernement introduit la médecine dans les campagnes ; la vaccination massive permet le recul du choléra et de la variole. Le nombre de décès du à la variole est cinq fois moins élevé en 1926 qu’en 1913. Durant la NEP, la distribution de lait, la création de crèches, l’attribution d’allocations alimentaires aux seins des familles nombreuses font baisser la mortalité chez les nourrissons ; de 26% en 1913, la mortalité des enfants de moins de un an tombe à 32% en 1926, et pour l’ensemble des enfants de moins de dix ans, elle passe de 24 à 12%. Le recensement de décembre 1926 révèle un total de 147 millions de personnes. On peut représenter cette augmentation de la population totale de cette manière :

Chute et relèvement de la population russe entre 1920 et 1926 (en millions d’habitants)
On voit donc bien sur le graphique l’évolution croissante de la population totale après la chute due à la famine de 1921. Si le taux de la population urbaine n’a pas ralenti c’est parce que beaucoup de paysans cherchent refuge en ville.
Au niveau social, on voit apparaître une relative détente sociale. La NEP est plus ou moins une période de libération des mœurs. On assiste à une relative émancipation des femmes, et à une libéralisation de la vie familiale, par l’instauration du mariage civile ou le droit du divorce des deux conjoints par exemple. La maternité est considérée comme une fonction sociale qui donne lieu à des congés payés, en 1920. Le gouvernement légalise même l’avortement en 1926.
D’autre part, on a bien un redressement de l’économie: le but, qui était de redresser la situation économique gravement compromise, en mettant entre parenthèse certains principes idéologiques, est donc atteint. La NEP réussie à relever l’économie après les effets dévastateurs de la Première Guerre mondiale, de la Révolution et de la Guerre civile.
Au niveau agricole, les récoltes augmentent. Les chiffres de production remontent et atteignent en 1928 un niveau comparable à celui de 1913. Comme les fermiers peuvent désormais vendre leurs surplus agricoles, ils sont incités à produire plus de grains.

Production de céréales (en millions de tonnes) entre 1913 et 1928
2- … qui cache de nombreuses disparités
Cependant, comme le gouvernement soviétique ne mène pas une politique d’industrialisation, cela crée un déséquilibre dans l’économie où le secteur agricole croit beaucoup plus vite que l’industrie lourde. Pour garder des revenus élevés, les usines commencent à vendre leurs produits à des prix plus élevés. À cause des coûts croissants des biens manufacturés, les paysans doivent produire beaucoup plus de farine pour acheter ces biens de consommation. Cela entraine une chute des prix agricoles et une augmentation aiguë du prix des produits industriels, phénomène connu sous le nom de « Crise des ciseaux ». Les paysans commencent à conserver leurs surplus en espérant des prix plus élevés, ou les vendre cher aux « Nepmen ». Un décret de 1921 a en effet autorisé les citoyens à faire, dans un local ou dehors, le commerce de n’importe quelle denrée, sur un système de troc immédiat. ll s’agit presque toujours de commerçants ambulants. De nombreux membres de Parti Communiste étaient contre cette pratique, considérée comme une exploitation des consommateurs urbains. Pour combattre les prix croissants des biens de consommation l’État prend des mesures pour diminuer l’inflation et promulgue des réformes sur les pratiques internes des fabriques. Le gouvernement fixe aussi les prix pour arrêter l’effet ciseaux.
Avec la « crise des ciseaux », les inégalités sociales, surtout à la campagne, s’accentuent : les paysans s’enfoncent dans la misère, alors que les koulaks s’enrichissent. A tire d’exemple, 10% des paysans riches produisent les trois quarts des céréales commercialisables.
De plus, on peut dire que l’URSS à la fin de la NEP, est un pays encore retardé par rapport aux autres pays occidentaux. En 1927, les ruraux forment environ 80% de la population ; soit 120 000 000 de paysans. Ainsi, l’historien René Girault a dit : « Alors que 81 à 82 % de la population vivait à la campagne, 81 % à 82% des membres du parti vivaient dans les villes. », ce qui montre d’ une part les inégalités économiques et sociales du pays à l’époque, et la part importante de la population rurale dans la population totale (voire graphique Chute et relèvement de la population russe entre 1920 et 1926 (en millions d’habitants), un peu plus haut). L’agriculture concerne donc les quatre cinquième de la population active en 1927 ; c’est le secteur d’activité le plus important alors que les techniques de production n’y ont pas fondamentalement changé depuis le XIXème siècle. L’essentiel des travaux se font à la main (faucille), ce qui implique une demande d’énergie considérable pour des résultats modestes. Les rendements sont dérisoires pour un grand pays comme la Russie : 10 quintaux à l’hectare, la ou les meilleurs pays occidentaux fournissent 70 quintaux à l’hectare.
Après le communisme de guerre, l’industrialisation est toujours ponctuelle. Il existe quelques foyers perdus au milieu d’immensité rural, mais il n’y a pas d’industrialisation d’ensemble, et les ouvriers de l’industrie soviétique restent une minorité de la population. C’est une situation paradoxale pour un régime qui se veut l’alliance de la faucille et du marteau ! Ainsi, quand, entre 1922 et 1928, la population urbaine passe de 16 % à 18 % l’industrie est incapable d’absorber le surplus de population en provenance des campagnes, le chômage urbain passe alors de 500 000 personnes en 1923 à 2 millions de personnes en 1927. La NEP permet donc de reconstituer le potentiel industriel de Nicolas II détruit de 1914 à 1918, mais ne suffit pas à faire de l’URSS un grand pays industriel. Pire encore, le retard s’aggrave par rapport à l’époque du règne de Nicolas II (1894-1917).

3- La disparition de Lénine condamne la NEP
En 1925, Nikolaï Ivanovitch Boukharine, homme politique soviétique, est devenu le plus ardent soutien de la NEP. C’est un des pères de la révolution russe, un intellectuel qui a étudié l’agriculture américaine. Il est plutôt modéré et se réfère aux Etats-Unis en disant que le développement du vaste marché paysan a fournit les bases d’une puissance industrielle solide. Mais à cause de la lenteur des évolutions certains s’élèvent contre lui : il faut une industrialisation rapide dont les rythmes et les modalités seront contrôlé par le pouvoir politique. Cela suppose une méthode autoritaire, une voie que choisit un ancien commissaire de la révolution, habile tacticien, qui n’est autre que Joseph Staline.
En effet, depuis la mort de Lénine le 20 janvier 1924, une bataille s’est engagée entre Staline et Trotski pour le remplacer. Mais en novembre 1927, Staline fait exiler Trotski à Alma-Ata, et achève d'installer ses hommes à tous les postes-clés. Il devient peu à peu maitre du pays, malgré les réticences de Lénine, qui avait averti « Staline est trop brutal (...). Je propose donc aux camarades d’étudier un moyen pour démettre Staline de ce poste et pour nommer à sa place une autre personne qui n’aurait en toutes choses sur le camarade Staline qu’un seul avantage, celui d’être plus tolérant, plus loyal, plus poli et plus attentif envers les camarades, d’humeur moins capricieuse (…) » . Les doutes qu’avaient Lénine se confirment et c’est bien Staline qui s’empare du pouvoir. Ainsi, à la fin de 1927, il prend prétexte des difficultés économiques consécutives pour opérer un brusque tournant dans la politique économique. En 1928, il combat victorieusement les derniers opposants à la politique d’abandon de la NEP. Staline explique que la NEP est dans l'impasse, et que la paysannerie doit être collectivisée et payer un tribut élevé pour les besoins de l'industrialisation du pays, rendue urgente par « l'encerclement capitaliste » de l'U.R.S.S.
Ainsi, il décide de recourir à des mesures d'urgence déjà expérimentées du temps du communisme de guerre : envoi de détachements de réquisition dans les campagnes, appel aux paysans pauvres pour découvrir les stocks cachés, fermeture des marchés… Staline introduit finalement une planification centrale complète et une collectivisation de l’agriculture qui rompt radicalement avec la politique précédente. Le 6 janvier 1930, un décret officialise la fin de la NEP.

III ) 1929-1945, le Stalinisme, une économie planifiée au service de d'un Etat violent

Le but premier de Staline n'est pas de supprimer les classes sociales. Il s’agit d'abord de ravitailler au plus vite les villes affaiblies par les crises... Au-delà, il s’agit d’industrialiser le plus rapidement possible l’URSS en prélevant les ressources nécessaires sur les campagnes, pour moderniser le pays et le rendre capable d’affronter les pays capitalistes en cas de nouvelle guerre. Le 6 Janvier 1930, Staline décrète officiellement la fin de la NEP et monte son propre système économique...

A) La collectivisation agricole, un processus brutal et rapide
1-) Définition
La collectivisation agricole est un processus qui consiste à contraindre les paysans à mettre en commun leurs terre, leur matériel agricole et de travailler en équipe en se répartissant les tâches. L'équipe est sous les directives d'un chef élu qui, le plus souvent, est un adhérent du parti communiste. Une partie de la production agricole est prélevée par l'Etat sous la forme d'un impôt, tandis que l'autre partie est vendue à l'Etat qui fixe lui même le prix d'achat.

2-) La collectivisation agricole en Russie
C'est à partir 1928, sous le gouvernement de Staline, la collectivisation agricole connait « son apogée ». A cette époque, la source principale de production de richesses est l'agriculture. En regroupant tous les biens agricoles, les communistes soviétiques veulent tout d'abord supprimer la propriété privée qui est incompatible avec le système de l'économie socialiste voulu. Ensuite, ils souhaitent éliminer les koulaks, les paysans aisés qui ont profité de la NEP pour s'enrichir aux dépens des paysans pauvres. De plus, la collectivisation agricole permet un contrôle accru de la production et son augmentation. Enfin, ce processus fait de l'Etat le seul client des paysans et lui permet de fixer librement le prix d'achat de la marchandise de sorte qu'il soit le plus bas possible pour le revendre ensuite aux consommateurs des villes à un prix qui soit le plus élevé possible. Le bénéfice ainsi réalisé est réinvestit dans l'industrialisation du pays. L'Etat annonce donc que toutes les terres agricoles lui appartiennent, faisant des paysans de simples utilisateurs de celles-ci. Une partie des terres est transformée en fermes d'État appelées sovkhozes. Les paysans y sont des salariés de l'Etat et la production lui revient donc. Les communistes encouragent les paysans à se regrouper en coopératives, les kolkhozes. Les paysans indépendants y sont regroupés et remettent au kolkhoze leur terre, leur bétail et leur matériel. Une partie de la production est prélevée par l'Etat sous forme d'impot et le reste est vendu à des magasins d'Etat qui fixent le prix d'achat. Les sommes obtenues sont partagées entre les paysans. En outre, le salaire est fixé en fonction du travail fourni. Enfin, l'Etat y fixe des objectifs de production et finance des stations de machines et de tracteurs que les kolkhoze peuvent louer s'ils le veulent. De 1917 à 1928 environ, la collectivisation est un échec pour les communistes. A partir de 1929, les sovkhozes reçoivent du matériel agricole moderne afin d'accroitre leur productivité et servir ainsi de modèle.
On ne peut pas dire que la collectivisation agricole en Russie soit une réussite, bien au contraire. Au départ, plutôt que d'abandonner leurs biens à l'État, les koulaks préfèrent incendier leurs récoltes et abattre leur bétail. L'autorité du pouvoir est sérieusement ébranlée et pour briser les résistances et les révoltes, l'État recourt à la violence. Dans l'année 1929, pas moins de 1300 révoltes paysannes sont écrasées. En mars 1930, Staline consent les sorties de kolkozes, mais en voyant que ceux-ci se vident aussitôt, la violence reprend de plus belle. Ainsi, est considéré comme koulak tout adversaire réel ou supposé de la collectivisation. Staline, en quelques années, fait déporter en Sibérie 400 000 familles de koulaks et ce dans des conditions terribles. En 1932-1933, des famines ont lieu en Ukraine. On envisage l'hypothèse d'un génocide, mais celle-ci n'est pas reconnue. Cette famine est appelé l'Holodomor, qui signifie « extermination par la faim ». On estime le nombre de morts entre 2,6 et 5 millions de victimes. Par la suite, la plupart des koulaks sont systématiquement arrêtés et fusillés. En persistant sur la voie de la collectivisation, malgré les avertissements, Staline fait sombrer le pays dans une terrible famine et engendre par la même occasion un exode rural massif, car pas moins de 25 millions de paysans fuient alors la campagne, sans compter les 4 à 5 millions de morts dues à la famine. En 1934, la collectivisation est achevée mais les dégâts sont énormes et les pays continuent d'opposer une résistance passive sous la forme de sous productivité. Alors, en 1935, Staline accorde à chaque paysan une portion de terre qu'il peut exploiter librement... En somme, le processus de collectivisation est décevant car en éliminant les koulaks, Staline a privé le pays de ses éléments les plus dynamiques. La Russie qui était sous le tsarisme le premier exportateur de céréales au monde devient un pays importateur.

B ) «  L'ère des plans quinquennaux », l'étatisation des secteurs secondaires et tertiaires.
1-) Les plans quinquennaux, fondement du projet d'une économie planifiée
Staline a de grands projets en ce qui concerne l'URSS. Il veut faire de l'Union Soviétique une grande puissance industrielle et militaire capable de préserver l'héritage de la Révolution. L'ouvrier et l'Industrie lourde doivent faire de l’URSS une grande puissance industrielle et militaire. Il décide alors de la nationalisation de toutes les entreprises et en vient même à interdire toute forme d'artisanat individuelle. « L'industrialisation à toute vapeur » voulue par Staline est lancée. Pour atteindre le niveau économique espéré, l'URSS établit des plans quinquennaux qui sont des documents de planification économique gouvernementaux dans le but de fixer des objectifs de productions, sur des périodes de cinq ans. Ils sont définis par le Gosplan, l'organe central de la planification soviétique. Pour la période 1928 à 1945, on compte trois trois plans quinquennaux. Le premier est un changement radical puisqu'il marque le changement d'économie et l'abandon de la NEP. Il permet un taux de croissance de plus de 21% et voit l'industrialisation de nombreuses régions de l'Union Soviétique. Les quottas fixés sont même atteints en quatre ans au lieu de cinq. La priorité sur le plan militaire est de doter l'Armée Rouge de chars d'assaut, d'une artillerie suffisante et d'avion de combat. Le second plan se voit devenir le théâtre de la construction de grandes infrastructures (le canal qui rejoint St Petersbourg à la mer Blanche). C'est dans ce second plan quinquennal que s'inscrit le stakhanovisme, une campagne de propagande soviétique qui fait l'apologie d'un travailleur très productif et dévoué à son travail. C'est d'ailleurs ce processus qui fait monter comme jamais le taux de production de l'URSS. Ensuite, le troisième plan ne dure que trois ans à cause de l'entrée de l'URSS dans la deuxième Guerre Mondiale. Pendant celui-ci, la production industrielle soviétique se dédie à l'industrie de l'armement pour parer à l'agression nazie, l'URSS étant engagée dans une lutte à mort.

3-) Conséquences de la planification

La planification fait rapidement de l'URSS une dictature productiviste qui repousse toujours plus ses limites et rehausse constamment ses objectifs de production. Grâce aux mesures prises, le chômage disparaît, les allocations aux sans emplois sont supprimées, la journée de travail est allongée, et un seul jour de repos par semaine est autorisé contre six jours de travail, au lieu de cinq auparavant. Les résultats sont impressionnants car en 1940, l'Union soviétique trône à la troisième place des pays les plus industrialisés au monde ! C'est un changement radical que connaît donc le pays. Par exemple, la production d'acier passe de 4Millions de tonnes/an en 1928 à 17,5Millions en 1937. Cette économie est boostée comme nous l'avons dit précédemment par le stakhanovisme. En revanche, on tire de la planification un certain nombre de résultats négatifs... Les productions de biens de consommation comme les vêtements sont négligées et l’agriculture est délaissée. Les populations souffrent donc encore de pénurie et ce malgré l'industrialisation du pays qui connaît une croissance exponentielle. Et l'industrialisation forcée a nécessairement un prix à payer. Les plans sont en effet financés par l'inflation, par les prêts forcés des particuliers ou des travailleurs qui doivent même remettre leurs objets en or à l'Etat. De plus, tous les travaux prévus par les plans quinquennaux ainsi que l'extraction des ressources naturelles telles le pétrole de Sibérie se font au prix de vies humaines, celles des prisonniers des Goulags notamment. En outre, il s'avère que le gaspillage des ressources énergétiques est considérable, et que certains travaux sont inutiles, bâclés voire inachevés. Staline n'a en effet pas une grande confiance en les techniciens, les ingénieurs et les spécialistes qui sont rarement membre du Parti. Il préfère de loin l'obéissance aveugle de ses sujets à leur intelligence.

C-) Stalinisme : PCUS, Régime de terreur, IIGM …
1- Répression, violence et propagande
Staline, l'homme à la main de fer, met en place un régime totalitaire. Déjà, pour arriver au pouvoir et succéder à Lénine, il fait éliminer tous ses opposants. Pendant Les Grande Purges, Staline épure les membres « dérangeants » du Parti Communiste de l'Union Soviétique lors des grands Procès de Moscou en 1936-1938, se débarrassant donc des anciens compagnons de Lénine. Il entreprend même de remplacer ceux qui l'ont soutenu et aidé dans les années 1920 car ceux-ci se permettent de le critiquer avec loyauté mais franchise, alors que les jeunes recrues lui vouent un culte sans borne. Staline n'hésite pas à éliminer les personnes qui le dérange, qu'elles soient de Parti opposé au sien ou non. Le « petit Père du peuple" cache une personnalité complexe et se méfie de tous. Il entretient un atmosphère de suspicion qui justifie selon lui les exécutions massives. Même de ses proche, il n’hésite pas à envoyer à la mort. (frère de son meilleur ami, grigory Ordlonikidze). Le principe de Staline est le suivant : la « faute » d'un individu s'étend à son conjoint, ses enfants, sa famille entière, à tous ses amis et ses relations. Il va jusqu’à maquiller les photographies où figurent des révolutionnaires qu’il a éliminé. La police politique ou NKVD arrête les suspects nommés "ennemis du peuple" et des parodies de procès sont organisées où les chefs d’inculpation sont fantaisistes et les peines disproportionnées (fusillade, envoi en Sibérie dans des camps de travail dits "goulags"). Par ailleurs, la campagne de dékoulakisation lancée par Staline dont nous avons précédemment parlé est l'illustration parfaite de la démence stalinienne. En totalité, ce sont des dizaines et des dizaines de millions de personnes qui périssent sous le joug stalinien. Staline parvient à mettre le Parti sous sa tutelle, ce qui conduit à un Etat tout-puissant face à des citoyens, qui sont peu à peu privés de toute liberté. La propagande exalte la personnalité du chef et vise à chanter ses louanges. L’art est mis au service du régime et vante les mérites du "grand Staline".Tout est fait pour le montrer comme un grand dirigeant soviétique, juste, bon et digne successeur de Lénine alors que celui-ci est en réalité un tyran, un criminel et un dément.

2- Relations internationales et Seconde Guerre Mondiale.
Durant les années 30, l'URSS connaît une autarcie incomplète. La mise en valeur de la planificateur entraîne un déclin sensible du commerce extérieur, qui voit les échanges diminuer de moitié. Pourtant, c'est également la fin de l'isolement diplomatique puisque plusieurs traîtés sont signés pendant cette période. En 1939, le pacte Germano-soviétique prévoit une progression des échanges commerciaux. Le 22 Juin 1941, Hitler envahit l’URSS par surprise en dépit du pacte secret Germano-Soviétique qui prévoyait la partage de la Pologne et des pays Baltes. En Février 1943, les nazis perdent leur première bataille à Stalingrad. Staline et Hitler s’affrontent et Staline contribue à la défense du territoire au prix de millions de morts (20 millions de soviétiques y perdent la vie). Les consignes sont claires : ne jamais reculer devant l’adversaire et Staline n’hésite pas à ordonner de tuer les récalcitrants. Il faut dire que les soldats soviétiques sont particulièrement maltraités et réduits à la malnutrition par les soldats allemands lorsqu’ils sont faits prisonniers. Staline fait aussi assassiner des soldats polonais et leurs officiers à Kattyn, drame qui ne sera révélé que bien des années après.
Staline sort vainqueur d’Hitler et fait de son pays une grande puissance mondiale avec qui les Alliés doivent négocier le partage de l’Europe en 1945 à la conférence de Yalta. 


CONCLUSION
Peu de pays connaissent autant de bouleversements que la Russie de 1917 à 1945 : les deux guerres mondiales, une révolution radicale, politique, économique et sociale, plusieurs formes de guerre civile et des répressions massives.
Durant cette période la société soviétique vie dans l’enthousiasme de réalisations industrielles exceptionnelles, mais aussi dans la souffrance et la peur. Car il est vrai que les bolcheviks ont réactivé les violences existant à l’époque tsariste. La répression est un des facteurs qui explique que l’URSS soit retardée dans son développement. Pourtant, les résistances et formes de rejet ont été nombreuses. Les ouvriers et les fonctionnaires, par exemple, ont à un moment ou un autre, montré leur volonté d’un développement plus autonome. Mais avec la présence de Staline au pouvoir, la vie quotidienne en URSS ne fait qu’empirer, et les libertés individuelles sont fortement compromises. Depuis la chute du Tsar, le modèle communiste, qui se voulait sans classes, égalitaire et fraternel, a finalement montré une population soumise à un pouvoir confisqué par quelques-uns, à la violence, et à la pauvreté. Car, si la NEP a permis une relative amélioration du niveau de vie, par la hausse du salaire, celui-ci décroit fortement avec la politique économique de Staline. Les civils sont donc les premiers à souffrir des politiques mises en place par le régime, et des désillusions de la révolution.
Et après 1945, la situation ne s’améliore guère pour la population. Les premières années d’après guerre sont des années de souffrances pour l’URSS. Une sècheresse frappe la région, et provoque une famine qui atteint un Soviétique sur deux pendant les années 1946-1947, entrainant des épidémies (de typhus notamment), et tuant près de deux millions de personnes. De plus, le désordre social et la hausse de la criminalité servent de prétexte à une relance de la déportation massive vers les camps. Ainsi, on peut dire que l’état de guerre se prolonge dans la société, alors que sur la scène internationale des tensions se font ressentir, et à peine sortie de la Seconde Guerre mondiale, l’URSS s’oppose à un nouvel ennemi, l’ennemi américain. Le contexte de Guerre froide fait alors ressentir les différences économiques, politiques, idéologiques des deux modèles antagonistes.

Amelie_prigent

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Date d'inscription : 13/05/2011

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