Exposé Japon (parties I et II + conclusion)

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Exposé Japon (parties I et II + conclusion)

Message  Sélène le Mar 10 Mai - 18:22

I. Un Empire qui oscille entre tradition et modernité


A)L’héritage de l’ère Meiji

a) Les principales réformes et leurs conséquences

Dès 1868, l’empereur Mutsuhito réforme plusieurs domaines de la société.

- L’abolition des privilèges
Conséquences : les daimyo (seigneurs) doivent rendre leur domaine à l’empereur, les samouraïs (au service du shogun, premier ministre, ils ont un sens de l’honneur très développé) se font interdire le port du sabre, et les clans militaires sont brisés.
L’empereur gouverne en « souverain absolu ». On entend par là une « égalité » entre les citoyens dans leur soumission à l’empereur.

- Le statut personnel
Conséquences : Pour la population, la « Restauration de Meiji » a permis une grande liberté dans la promotion sociale de l'individu. L'accès aux professions et aux carrières qui, auparavant, étaient réservées à certaines classes, fut facilité.

- Une armée nationale
Conséquences : une armée nationale est créée et le recrutement militaire est élargi.
L’armée devient une armée de métier et n’est plus une armée basée sur des clans (castes) économiques (samouraïs d’antan).

- Le développement des moyens de transport
Conséquences : les moyens de transport, comme le train (chemin de fer), facilitent le déplacement au sein même du pays. Ainsi, les populations rurales viennent plus facilement travailler dans les villes, où la demande de main-d'œuvre est importante.

- La création du Yen (nouveau système bancaire -monnaie unique-)
Conséquences : le Yen va fortement faciliter les échanges commerciaux entre le Japon et l’Occident (mais aussi avec les autres pays asiatiques).

- Le Shintoïsme, religion d’État
Conséquences : l'empereur devient le grand prêtre du Shinto d'État (kokka shintō) et chaque citoyen doit adhérer à un sanctuaire shinto.

- L'éducation
Conséquences : l’enseignement devient obligatoire. L’état crée des écoles publiques très rapidement.
Grâce à l’enseignement et à une philosophie compétitive, une nouvelle forme d’élite apparaît.


- Le statut de la femme
Conséquences : bien que le droit de vote n'ait été accordé aux femmes que bien plus tard lors de l'occupation du Japon en 1946, leur statut s'est quelque peu libéralisé.

Sur le moyen-terme, ces réformes ont engendré des conséquences sur la société qui permettent de parler d’une modernisation du Japon, même si elles sont héritées de l’ère Meiji, ces réformes constituent la réalité de la société japonaise de 1912.


b) Une industrialisation rapide et forcée

Par ailleurs, sous la menace de la colonisation par les USA, la France, la Grande Bretagne et la Russie, les japonais copient l’Occident. Le pays connaît alors une forte industrialisation à partir de l’ère Meiji.
La phase d’industrialisation du pays commence dès 1886 ; on assiste à la mécanisation des manufactures qui deviennent des industries. C’est le cas en particulier dans le coton, mais la croissance se fait aussi sentir dans la métallurgie, les mines, les arsenaux et les usines de machinerie. Le textile reste le secteur dominant.
Malgré l’expansion des exportations de cotonnades, la soie et les soieries demeurent les principaux produits d’exportation jusqu’en 1931.
Entre 1905 et 1919, l’effort pour améliorer la puissance militaire du pays favorisa l’essor industriel. Ainsi, en 1905, le gouvernement avait investi près d’un milliard de yens en vue de développer tous les secteurs industriels nécessaires à l’armement. Ces dépenses permirent la première véritable expansion de l’industrie lourde, qui progresse jusqu’à la Première Guerre mondiale. L’industrialisation du pays continue de progresser, ainsi, la part de production industrielle et manufacturière dans le PNB passe de 5,2% en 1886 à 14,3% en 1919, entraînant une baisse de la production agricole (de 53% du PNB en 1886 à 36,5% en 1919).
C’est la Première Guerre mondiale qui permit au Japon de compléter sa révolution industrielle. Un an après la fin de la guerre, il ne fait aucun doute que le Japon, malgré un retard toujours marqué par rapport à l’Occident, a atteint le point de non-retour dans la mise en place d’une économie capitaliste développée. L’importance de la guerre tient à deux facteurs : premièrement, les ventes de munitions aux Alliés, ensuite, l’exportation de produits manufacturés destinés à l’usage personnel ont permis à l’économie japonaise de prendre plus d’ampleur.
L’industrialisation ne peut s’opérer sans une main d’œuvre industrielle ; on constate également à cette époque une forte hausse de la main d’œuvre dans ce domaine ; en effet, en 1880, seulement 6,4% de la main d’œuvre travaillaient dans les usines et ateliers, en 1920, ce pourcentage a triplé pour s’élever à 19,4%.
En 1919, le Japon fait déjà partie du groupe des pays industrialisés. En effet, grâce à l’essor de la production industrielle de la période 1914-1918, il a atteint le point de non-retour dans le changement de sa structure économique. Même si son retard par rapport à l’Occident est fulgurant, de solides bases sont acquises avec les infrastructures, l’industrie lourde et l’industrie du textile, qui couvre pour sa part la majorité des exportations.
L’industrialisation et les réformes entreprises dès l’ère Meiji constituent un héritage pour le Japon, ils sont l’essence même de la société de 1912.


B) Une oscillation dans la culture

La modernisation, dans la lignée de l’Occidentalisation, ne s’inscrit cependant pas dans tous les domaines ; en ce qui concerne les domaines culturels tels que la religion, le théâtre et la peinture, le Japon hésite entre tradition et modernité.

a) Religion

Premièrement le domaine religieux ne peut être considéré comme un domaine d’ « ouverture modernisatrice » puisqu’il reste ancré dans la tradition. Avec la refonte de la constitution en 1868 sous l'ère Meiji, le shinto devint une religion d'État : le Kokka shinto (shinto d'État). Dès 1872, tous les prêtres devinrent des employés de l'État, et chaque citoyen devait s'enregistrer comme membre de son sanctuaire local, devenant par le fait même membre du sanctuaire d'Issé. L'empereur du Japon, descendant de la déesse Amaterasu et désormais chef de l'État et commandant suprême de la Marine et de l'Armée, fut l'objet d'un véritable culte.
Ce culte prit une importance primordiale lors de l'expansionnisme du Japon durant l'ère Showa. L'empereur Shōwa fut ainsi instrumentalisé pour justifier l'expansionnisme et la militarisation auprès de la population japonaise. La manifestation tangible qui faisait de l'empereur le représentant des dieux était les insignes impériaux. Le Kokka shinto perdura jusqu'en 1945 lorsque Mac Arthur, le Commandant suprême des forces alliées, exigea la réforme de la Constitution et priva l'empereur de ses pouvoirs exécutifs. Le « shinto d'État » fut alors démembré, mettant un terme au principe de la religion officielle au Japon.
On peut évoquer la notion d’une tradition ancestrale plutôt révolue à l’époque de la modernisation de l’Occident. En effet, à l’époque de la Guerre mondiale, les Occidentaux sont moins tournés vers la religion avec la notion de désespoir de l’homme qui découle des génocides. De plus, l’existence du culte divin à l’égard de l’Empereur dans la religion japonaise peut sembler désuète pour les Occidentaux chrétiens, pour qui seul un saint peut être le destinataire d’un culte, et non un dirigeant étatique.

b) Les arts du spectacle

Les trois idéogrammes du mot signifient : chant, danse et habileté technique. Il s'agit vraisemblablement d'ateji (caractères utilisés pour leur seule valeur phonétique), et il semble qu'il s'agisse de la forme ancienne du verbe katamuku, à l'époque kabuku, désignant ce qui était peu orthodoxe, en référence à une forme de théâtre considérée à l'époque comme d'avant-garde. L’ancrage de cette forme des plus traditionnelles du théâtre japonais (créé en 1603 par la prêtresse Okuni) dans la culture témoigne d’un refus de l’occidentalisation, au profit d’un sentiment qu’on peut qualifier de nationaliste.
Les bombardements de la Seconde Guerre mondiale détruisirent de nombreux théâtres, et les représentations furent interdites dès le début de l'occupation, comme la plupart des manifestations pouvant servir de cristallisateur d'un sentiment national. Toutefois, l'interdiction fut levée dès 1947, et les troupes reprirent rapidement leur activité.

c) La peinture

Après la révolution Meiji, le Japon commence à s'ouvrir aux importations occidentales, et dès le début du XXè, les artistes japonais s'emparent des techniques de photographie et d’imprimerie. Les couleurs naturelles issues de plantes ,utilisées dans les ukiyo-e, ces estampes traditionnelles dont le nom signifie « images du monde flottant », sont remplacées par des teintes chimiques. On distingue alors les artistes qui choisissent le style occidental de ceux dont le style s'inscrit dans la continuité des estampes traditionnelles.
L'ouverture vers l'Occident entraîna l'engouement de certains artistes pour la civilisation européenne, et plusieurs d'entre eux séjournèrent en France. Les peintres Seiki Kuroda et Keiichirô Kume par exemple, fréquentèrent l'académie Colarossi, une école d'art parisienne, pendant plusieurs années. Il furent les élèves du peintre français Louis-Joseph-Raphaël Collin, lui-même ancien élève d'Alexandre Cabanel. Keiichirô Kume séjourna également sur l'île de Bréhat en 1891, et de 1892 à 1893. De retour à Tokyo, les deux peintres fondèrent l'académie Tenshin Dojo et furent les pionniers de la peinture de style occidental au Japon.
Mais durant les ères Taishō et Shōwa, l’ukiyo-e connaît une renouveau et deux mouvements voient le jour, le Shin Hanga et le Sosaku Hanga. Ils ont un point commun principal : chercher à se distinguer de l'art commercial de masse. Les artistes s'inspirent des peintres impressionnistes et intègrent certains éléments de la peinture occidentale, comme les jeux de lumière, mais conservent des thèmes strictement traditionnels.
Le courant Shin Hanga est celui qui est le plus fidèle aux estampes traditionnelles, son nom signifie littéralement « Nouvelles gravures ». Florissant entre 1915 et 1942, il perdura jusqu'à la fin des années 50 en perpétuant la tradition du quatuor artiste-graveur-imprimeur-éditeur héritée de l'ukiyo-e. Mais là où l'ukiyo-e traite de thèmes populaires, le Shin Hanga cherche à retranscrire des atmosphères. Ainsi, la plupart des œuvres représentent des paysages ou des bijin (belles femmes). Afin de capter des atmosphères particulières, les paysages peuvent être représentés de nuit, sous la neige, la pluie, ou encore la brume. Cependant, certains artistes ont réalisé des estampes d'acteurs de kabuki, notamment Natori Shunsen. Les artistes Shin Hanga principaux sont Ito Shinsui, Kawase Hasui et Hiroshi Yoshida.
Le courant Sosaku Hanga est moins réputé, son nom signifie « Estampe créative » et il adopte une conception plutôt occidentale de l'art. Contrairement au Shin Hanga et à l'Ukiyo-e, c'est l'artiste qui exécute le dessin, la gravure, et l'impression, sans faire appel à des artisans spécialisés. Il est également son propre éditeur. Le père du mouvement Sosaku Hanga est Kôchirô Onchi. Dans ses œuvres, celui-ci cherchait avant tout à exprimer des émotions, allant parfois jusqu'à l'abstrait, et non à reproduire la réalité. Les œuvres sont le plus souvent des gravures sur bois, comme l'ukiyo-e, mais le Sosaku Hanga porte un intérêt particulier aux techniques occidentales de la lithographie ou de la sérigraphie

Si la religion et le théâtre penchent plus vers la tradition, l’art tend à se moderniser tout en conservant certains thèmes et codes traditionnels.


Dernière édition par Sélène le Mar 10 Mai - 18:34, édité 1 fois
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Partie II

Message  Sélène le Mar 10 Mai - 18:31

II. La montée de l'impérialisme : l'armée au pouvoir

Le Japon avait vécu en autarcie jusqu'à la convention de Kanagawa, le 8 juillet 1853, ratifiée grâce au Commodore Matthew Perry. Celui-ci avait appareillé de Norfolk en 1852, en direction du Japon, sous l’ordre du président américain Millard Fillmore. Sa mission était d'ouvrir des routes commerciales vers l'archipel nippon, jusqu'alors fermé par la politique d'isolement, ou sakoku, mise en place par le shogunat des Tokugawa qui dirigèrent le Japon de 1603 à 1867.
L'expansionnisme sur la zone de la « sphère de co-prospérité de la grande Asie orientale » fut mis en œuvre dès l'ère Meiji et poursuivi durant l'ère Taishō, il s'intensifia durant l'ère Shōwa, jusqu'à aboutir à une guerre ouverte dans l'ensemble de l'Asie.


A) L’apparition du «péril jaune»

L'industrialisation amorcée lors de l'ère Meiji conduit à l'enrichissement du Japon, mais également au développement du commerce et de l'armement.
Le « péril jaune » est une expression dont l'origine est attribuée à Guillaume II, roi de Prusse, pour désigner le danger crée par la montée en puissance de la Chine et du Japon dès la fin du XIXè siècle. Mais c'est au XXè siècle que cette menace apparaît comme réelle pour les Occidentaux, lorsque l'armée japonaise écrase la flotte Baltique russe lors de la bataille de Tsushima les 27 et 28 mai 1905, mettant fin à la guerre russo-japonaise. C'est la première défaite d'une puissance occidentale civilisée face à un pays asiatique dit barbare. Pour le Japon, cette victoire est synonyme d'entrée dans le cercle des grandes puissances, au sein duquel il est le premier pays de « race non blanche ».
C'est la modernisation accélérée du Japon qui lui a permit de jouer à armes égales avec les puissances occidentales et de développer sa propre politique coloniale sur le modèle des européens. Le pays poursuit une politique d'expansion liée à une croissance rapide de la démographie (40 millions en 1890, les japonais sont 53 millions en 1914), un manque d'espace vitale (les montagnes occupent 80% du territoire), une pénurie de matières alimentaires et de matières premières, ainsi qu'un large besoin de débouchés industriels. Cette expansion rapide fait peur à l'Europe, et surtout aux États Unis. Alors qu'on craignait plutôt la Chine, l'Occident prend soudainement conscience de l'émergence du Japon et de sa volonté de s'imposer sur l 'échiquier mondial.
Les titres des journaux de l'époque sont révélateur de l'aveuglement dont sont victimes les occidentaux. Ainsi, dans « Le Siècle » du 10 février 1904 on peut lire qu'«Orgueil et goût de la guerre ont pu être pour quelque chose dans la conduite du Japon. On ne manquera pas de représenter les Japonais comme des perturbateurs de l’ordre public et de la paix, qu’ils sont incontestablement, comme des barbares, qu’ils sont restés, malgré les emprunts faits à l’Europe civilisée». La France, positionnée en faveur de la Russie, se borne à voir le Japon comme un peuple « enfant », et cette vision perdure jusqu'à la reddition russe et la victoire japonaise. Cependant, avec l'apparition de ce « péril jaune », le Japon passe du statut d'acteur mineur à celui de puissance barbare menaçant la civilisation occidentale.
Plusieurs ouvrages donnent une vision française et « japonophile » à la fois de l'expansion japonaise. Austin de Croze par exemple, dans son livre Le péril jaune et le Japon, critique l'attitude européenne face à l'expansionnisme nippon, considérant ces annexions asiatiques comme l'équivalent de la colonisation conduite par la plupart des pays européens, notamment en Afrique.
Cette peur de l'homme jaune atteint son point culminant à la fin des années 1930 avec l'implication des puissances occidentales dans la guerre sino-japonaise, un impérialisme nippon toujours plus puissant qui écrase même la Chine, et le début d'un conflit mondial.


B) L’affirmation de la puissance militaire japonaise


a) Une politique expansionniste

L'impérialisme Shōwa visait à assurer au Japon le contrôle de pays producteurs de pétrole, de fer, de bois, de riz et de soja dans une visée économique. Afin d'assurer le développement économique de l'Empire, le gouvernement Konoe mit en place la Kōa-in, l'Agence de développement de l'Asie orientale, dont le rôle était de structurer l'exploitation des colonies par le biais d'un système de travaux forcés. Des ententes furent également conclues avec les zaibatsu (grands groupes d’entreprises), notamment Nissan et Mitsubishi, qui participèrent à l'effort de guerre en fabriquant des équipements militaires. À compter de 1937, l'empereur institua l'opération Lys d'or, qui avait pour but de rassembler les richesses pillées dans les territoires conquis.
Le début de la politique d’expansion du Japon fut marqué par l’annexion des îles Ryukyu en 1879. Elle continua avec Formose (aujourd’hui Taïwan) et la Corée, quelques années plus tard. Ceux-ci furent incorporées à l'Empire dès l'ère Meiji, respectivement en 1895 et en 1910, le sort de l’île de Formose étant une conséquence de la première guerre sino-japonaise. Cette annexion fut suivie d'une phase d'assimilation sociale et culturelle coïncidant avec le début de l'ère Shōwa. Ainsi, l'enseignement des langues autochtones étant interdit, les citoyens furent contraints de renoncer à leur nom d'origine.
Une partie des Coréens fut déportée vers l'archipel nippon afin de travailler dans les usines japonaises, et des Coréennes furent utilisées comme « femmes de réconfort » par l'armée impériale japonaise. Les Coréens émigrés au Japon furent également victimes de répressions, le séisme de Kanto, qui toucha Tokyo en 1923, étant notamment le prétexte à des représailles et des massacres contre cette population. Le Japon abandonna finalement la Corée en 1945, à la suite de sa défaite qui signa la fin de la Seconde Guerre mondiale.


b) La seconde guerre sino-japonaise

À la suite de la guerre russo-japonaise, le Japon s'empara de l'ancienne concession russe dans le Guandong, et obtint des concessions à Tianjin et à Hankou. En 1914, entré en guerre aux côtés des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, le Japon occupa les concessions de l'Empire allemand dans le Shandong. En 1915, le gouvernement japonais de Shigenobu Ōkuma présenta au président chinois Yuan Shikai une liste de vingt et une demandes visant à accroître le poids économique et politique du Japon en Chine, et à faire de la Chine une forme de protectorat. Cette demande a suscité des inquiétudes chez les pays occidentaux quant aux visées du Japon en Chine. Un compromis finit par être trouvé avec les États-Unis concernant le Shandong, où le Japon souhaitait pérenniser sa présence : les visées japonaises sur la province furent accompagnées en 1918 par un accord secret avec le gouvernement chinois, puis entérinées en 1919 à la conférence de paix de Paris et incluses dans le traité de Versailles. Cela déclencha en Chine une réaction nationaliste illustrée par le mouvement du 4 Mai : 3000 étudiants manifestèrent devant la porte de Tian'anmen. Le gouvernement chinois finit par refuser en juin de signer le traité de Versailles.
Le 18 septembre 1931, une section de voie ferrée appartenant à la société japonaise des Chemins de fer de Mandchourie du Sud est détruite dans un attentat. Vraisemblablement planifié par les Japonais, craignant une unification de la Chine qui menacerait la prééminence japonaise, les chinois en furent accusés. Ce prétexte fut immédiatement utilisé pour envahir le Sud de la Mandchourie. En 1932 fut crée l'État-fantoche du Mandchoukouo (ou Nation de Mandchourie), État indépendant sur le papier, il fut mis en place puis contrôlé par l'Empire du Japon. La même année, le premier ministre Tsuyoshi Inukai fut assassiné et la voie militaire prit définitivement le dessus. Le dernier empereur chinois, Pu Yi, fut nommé premier empereur du Mandchoukouo en 1934. Durant l'occupation, les japonais créèrent des écoles et des universités, mais plusieurs millions de civils chinois étaient enrôlés dans les mines et les usines sous la direction de la Kempeitai, la police militaire de l'armée impériale, souvent appellée « Gestapo japonaise ».

Le 7 juillet 1937 eu lieu l'incident du pont Marco Polo : des troupes japonaises qui s'entraînaient à proximité du pont accusèrent les Chinois d'avoir enlevé l'un des leurs. Quelques heures plus tard, le soldat « disparu » réapparu, il était en réalité allé dans une maison de passe. Les Japonais demandèrent à inspecter la maison, ce qui fut refusé par les Chinois. Ce prétexte permit d'appeler des renforts et de déclencher une seconde guerre sino-japonaise le 28 juillet. Dès le 7 août, Pékin tomba aux mains des japonais et malgré quelques succès, l'armée Chinoise fut écrasée à Shanghai puis à Nankin après de longs mois de combats et de nombreux bombardements. Mais malgré ces victoires initiales, la guerre dura huit ans. En effet, les japonais n'avaient ni la volonté ni les capacité d'administrer les régions chinoises conquises, et l'impopularité causée par leurs méthodes brutales les empêcha de mettre un terme rapide au conflit. Les puissances étrangères s'impliquèrent alors dans le conflit, l'Allemagne nazie et l'Union soviétique fournissant un important support technique aux forces chinoises. L'objectif soviétique était d'empêcher le Japon d'envahir la Sibérie, tandis que l'Allemagne souhaitait appuyer la politique anti-communiste de Tchang Kaï-chek, le dirigeant chinois. Le Royaume Uni offrit à la Chine une aide économique en échange des réserves chinoises d'argent. À partir de 1940, les États Unis offrirent eux aussi leur aide et le conflit devint mondial.


C) L’implication dans un conflit mondial


a) Un début de conflit à l’avantage des Japonais

Avec l'implication des grandes puissances européennes dans la guerre sino-japonaise, le Japon se retrouve impliqué dans un conflit mondial initié par l'Allemagne nazie en Europe, la Seconde Guerre Mondiale. En 1941, suite à un embargo sur les produits pétroliers, imposé par les États Unis afin de menacer le Japon qui ne veut pas se retirer de la Chine, le pays déclenche la guerre de la Grande Asie orientale (Daitô-A sensō) avec l'attaque sur Pearl Harbor, le 7 décembre de la même année, et l'invasion de la Malaisie et des Philippines le 8 décembre. Les Alliés entrent alors officiellement en guerre contre le Japon.
Cette guerre, extension de la guerre sino-japonaise, eut lieu en Asie et dans le Pacifique, rythmée par les nombreuses invasions japonaises, notamment en Birmanie, dans les Philippines, aux Indes néerlandaises et jusqu'en Océanie. L'Empire du Japon du combattre les États Unis, le Royaume Uni, les Pays Bas et l'Australie lors de batailles navales et terrestres. Au début du conflit, les Japonais remportent des victoires fulgurantes et prennent possessions de nombreux territoires en Asie et dans le Pacifique. Hong Kong tombe rapidement, l'armée impériale débarque en Malaisie, en Thaïlande, et prend possession d'îles américaines dans le Pacifique.
Au printemps 1942, le Japon a déjà réalisé la plupart de ses objectifs, a conquis de multiples territoires et de nombreuses richesses, tout en subissant des pertes relativement légères. Les Alliés au contraires ont subit des défaites successives et des pertes importantes.

b) Un tournant dans le conflit

L'armée japonaise est prête à engager des négociations, lorsque les Alliés lancent le raid de Doolittle le 18 avril 1942 et bombardent des objectifs militaires situés à Tokyo. Ce premier raid américain sur le sol même de l'archipel fit peu de dégât mais constitua un symbole fort en attaquant la capitale japonaise par surprise.
La bataille de la mer de Corail et la bataille de Midway, qui eurent lieu respectivement en mai et en juin 1942 constituèrent un tournant dans le conflit. À Midway, les japonais perdirent quatre portes avions, ce qui mit un terme brutal à l'expansionnisme de l'Empire. L'année 1943 fut caractérisée par un fonctionnement au ralenti de l'industrie japonaise à l'opposé du dynamisme américain. Les Alliés reprirent peu à peu possession des territoires conquis par l'armée impériale. En 1944, les États Unis parviennent à asphyxier le Japon grâce à leurs sous-marins, qui coulent 90% de la flotte de commerce japonaise. En effet, le Japon possède très peu de ressources naturelles et dépend en grande partie du commerce extérieur.

c) Les batailles décisives et la reddition

L'année décisive fut 1945. Au début de l'année, si es possessions japonaises étaient toujours importantes, l'armée était à l'agonie. Les Alliés bombardèrent les villes de l'archipel sans rencontrer de résistance. Les deux dernières batailles importantes sont celles d'Iwo Jima et d'Okinawa. À Iwo Jima, 88 000 soldats américains mettent un mois à soumettre les 22 000 soldats japonais retranchés dans les nombreux souterrains de l'île, tandis ce que la bataille d'Okinawa voit la fin de la marine et de l'aviation japonaise, toutes deux réduites à néant,. Elle se termine en bain de sang avec la mort de 200 000 japonais, dont la moitié de civils. Cependant, les américains se heurtent à l'obstination japonaise, et le pays n'est toujours pas prêt à se rendre.
Lors de la conférence de Postdam, en juillet 1945, les Alliés réclament la capitulation sans conditions du Japon. Mais le gouvernement japonais est partagé, et pour en finir, le président Truman décide d'utiliser une arme révolutionnaire: la bombe A. C'est ainsi que le 6 août, la ville d'Hiroshima est victime du premier bombardement nucléaire, suivie le 9 août par Nagasaki. Le nombre de victimes est incertains, les retombées radioactives ayant fait de nombreuses victimes sur le long terme (cancer). Le mémorial pour la paix d'Hiroshima indique le chiffre de 140 000 victimes pour la seule ville d'Hiroshima. Suite à ces bombardements, l'empereur Hirohito accepte la capitulation à condition que la monarchie soit maintenue. Le 14 août, il s'adresse à la nation, et la signature officielle de l'acte de capitulation eut lieu le 2 septembre 1945 à bord de l'USS Missouri en baie de Tokyo.


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Conclusion

Message  Sélène le Mar 10 Mai - 18:32

L'étude du passé peut nous aider à mieux comprendre les problèmes rencontrés par les sociétés, et les stratégies que les peuples mettent en œuvre pour les résoudre. Le Japon est un modèle pour des centaines de millions de personnes en Asie, qui voient en ce pays la possibilité pour les sociétés orientales d'atteindre le rang des grandes puissances mondiales. Par bien des aspects, la situation du Japon ressemblait d'ailleurs à la Russie tsariste. Trotsky écrivait en 1937 que «L'Empire du Mikado porte en lui-même toutes les contradictions sociales qui, en leur temps, firent exploser l'empire du Tsar, des rapports agraires semi-féodaux, une monarchie de droit divin, l'extrême misère du peuple, pour l'industrie un marché antérieur des plus restreints, une monstrueuse augmentation du budget militaire, une caste militaire qui reflète toutes les contradictions du pays, etc...». Le florissement économique japonais du début de XXè siècle fut donc une surprise.
En effet, malgré la présence toujours omniprésente dans la vie quotidienne des traditions, le Japon est devenu une grande puissance industrielle, grâce à une croissance supérieure à celle de l'Allemagne, et militaire, grâce à la création d'une armée de métier et de nombreuses annexions. Le pays est arrivé au rang des grandes puissances occidentales (révolution politique, sociale, industrielle et militaire), mais la victoire sur la Russie, première victoire orientale sur l'Occident fait apparaître le spectre du « péril jaune ».
Cette croissance prit l'allure de miracle lorsque le pays réalisa en l'espace de quelques années seulement, les objectifs économiques et militaires que les grandes puissances européennes avaient mis des siècles à atteindre. Mais comme toute période historique, cette révolution rapide n'a pas été qu'un rayon de soleil continu. Les zones d'ombre vont de pair avec les progrès, et les crimes de guerres commis par l'armée impériale n'ont rien à envier à ceux de l'Allemagne nazie.
Le véritable miracle japonais, valorisé par les historiens, eu plutôt lieu après la seconde guerre mondiale. En effet, malgré une situation catastrophique en 1946 et l'occupation américaine, le Japon se releva rapidement, et connu une croissance économique sinon égale, autrement supérieure à celle du début du siècle. La seconde guerre mondiale constitua un fort tournant dans la politique japonaise, et le pays est aujourd'hui quasiment démilitarisé. De cette guerre, les Japonais ont gardé la mémoire des deux bombes A plutôt que des bombardements stratégiques, et cette menace nucléaire resurgit en ce moment au Japon, avec l'incident de la centrale de Fukushima.
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