Exposé Art déco 3 eme Partie (Mikaël)

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Exposé Art déco 3 eme Partie (Mikaël)

Message  Hô Chi Minh le Jeu 14 Avr - 19:02

III – L’Art déco, symbole de la société des « Années folles » ?

1. Un art symbole de l’effervescence des années 20 à Paris.

On a vu précédemment que les artistes du style Art déco se nourrissaient de nombreuses influences pour donner naissance à leurs œuvres. Comme le démontre son goût pour l’Art des colonies, ses caractéristiques formelles tirées des Avant-gardes du début du siècle, ou de son lot de couleurs vives inspiré par les Ballets Russes, le style rétro est avant tout le symbole de l’effervescence de la société des années 20, que l’on appelle communément les Années folles. Il a eu pour centre majeur Paris, capitale d’un pays encore sous le traumatisme de la Grande Guerre. Mais à cette époque, on préfère oublier car c’était la Der des Ders. Le fait que Marcel Proust remporte le Prix Goncourt en 1919 avec A l’Ombre des Jeunes Filles en Fleur, contre Les Croix de Bois de Roland Dorgelès illustre bien l’oubli volontaire d’une partie de la population française de l’horreur des tranchées. On se noie alors dans l’insouciance et la recherche de nouveautés culturelles. « On », c’est en fait surtout un microcosme parisien, qui va développer une mode des années folles dont l’Art déco est un élément majeur et symbolique. La capitale française, qui a longtemps été la capitale culturelle du monde occidental, attire encore de nombreux artistes, ce qui engendra un bouillonnement artistique propice à la réception des sources d’inspiration de l’Art déco et à sa diffusion. Les revues parisiennes jouent aussi ce rôle comme Les Cahiers d’art créés par Christian Zervos en 1926 et qui rendent compte des innovations artistiques en Europe. C’est en effet une ville cosmopolite où se tissent des liens privilégiés et qui joue également un rôle de premier plan dans la diffusion de la modernité. Des américains sont notamment présents comme l’écrivain Ernest Hemingway ou encore l’artiste polyvalent Man Ray, ancien dadaïste et représentant majeur du surréalisme à Paris. Pour les artistes américains de la « génération perdue », la capitale française reste un phare de la vie culturelle.

Pour illustrer ce bouillonnement culturel, l’image du jazz est justement pertinente. Ce genre musical né au début du XXème siècle à la Nouvelle Orléans d’un croissement entre le Blues et la musique européenne envahit Paris. On a vu que le style retro avait été assimilé et fortement développé aux Etats-Unis car il était un symbole de modernité au sein de la nouvelle puissance étasunienne ambitieuse. Mais c’est aussi dans des salles aux décors très Art déco que le jazz anima Paris. C’est le même public mondain collectionneur d’objet du style 25 qui assiste à ces représentations. Dans une période pendant laquelle le marché de l’Art se porte bien en France, ces cercles mondains en quête de nouveauté la trouvent notamment dans le jazz et dans l’acquisition d’objets Art déco. Ce qu’on peut appeler vulgairement une « fiévreuse américanomania » s’empara alors de Paris . La France récupère les spectacles venus d’outre-mer et les adaptes afin de créer des exhibitions plus françaises. Le symbole typique de cette ambiance jazz et Art déco des années 20 est sans doute La Revue Nègre qui représente pour la première fois le 2 octobre 1925 dans une salle comble au théâtre des champs Elysée. Josephine Baker, la danseuse vedette se présentait dénudée et plumée et dansait le Charleston, une danse popularisée dans le début des années 20 aux Etats-Unis. L’affiche de ce spectacle fut réalisée par Paul Colin dans un style résolument Art déco. On observe l’utilisation de formes géométriques dans la représentation des attributs des visages et du corps de Josephine Baker : des yeux en demi-cercle, des lèvres aux courbes marquées, des visages ronds pour les deux hommes et carré pour la danseuse, des dents toutes aussi carrées pour l’homme de droite. Les décors sont dépouillés et les couleurs, au nombre de trois : noir, rouge et blanc, sont vives et remplissent les figures géométriques clairement délimitées. Ces couleurs, rouge, noir et blanc, sont elles-aussi caractéristiques du style 25. Par ailleurs, cet image caricaturale nous montre la vision toute aussi stéréotypé du noir des colonies de l’Afrique noire par les français de l’époque alors que la France est encore une puissance coloniale. Ce spectacle marque aussi la recherche de la modernité pendant les années folles. C’est le déclin du café-concert qui demeure attaché dans la mémoire collective à la Belle époque et l’essor du Music-hall, avec la naissance d’établissements comme le Ba-Ta-Clan, les Folies-Bergères ou le Casino de Paris. En effet, lorsque André Daven, l’administrateur du Théatre des Champs Elysées décide de chercher quelque chose de nouveau, son établissement traverse une mauvaise passe. Avec la première représentation de la Revue Nègre, on n’avait pas vu le Paris chic se déplacer autant depuis les Ballets Russes d’avant guerre.

2. La femme des Années folles et l’Art déco.

Le style rétro va ainsi accompagner bon nombre d’innovations des pratiques culturelles et de bouleversement des modes de pensée durant les années 20. Parmi ces changements, le statut de la femme parisienne est redéfinit. En effet, nous ne pouvons pas dire que le statut de la femme française en général change beaucoup. Au printemps 1919, une majorité de député se déclarent favorable à l’extension aux femmes du droit de suffrage. Ce projet est rejeté par le Sénat en 1922. Pourtant, la mode de l’époque, marquée aussi bien sûr par le style 25 véhicule une image de la femme émancipée restée gravée dans la mémoire collective. Cette image, c’est d’abord celle de la «coupe à la garçonne », coupe carrée portée par exemple par Suzanne Lenglen, la première championne internationale du tennis français qui enchaina les victoires de 1919 à 1926. Ainsi le romancier parisien Armand Lanoux dit à postériori: « Des épaules aux hanches, la femme est un rectangle, de la taille aux genoux, un trapèze dont la partie étroite est en bas ». La conception même de la femme chez ce romancier peut rappeler les formes épurées des œuvres du style rétro. C’est aussi le cas de la coupe « à la garçonne », très carrée, rigoureuse mais à la fois moderne car elle donne un visage plus masculin à la femme. C’est un symbole de la double dynamique qui anima l’Art déco : entre l’acceptation de la modernité et la recherche d’un retour à une relative stabilité.

Ainsi, la mode a eu pour centre Paris dans les années 20 comme pendant longtemps, les couturiers utilisent les innovations techniques et s’exploitent les théories du style retro pour habiller ces femmes émancipées. Les nouvelles matières sont utilisées. Parmi elles le jersey, un tissu fin tricoté à l’origine en laine, la rayonne ou soie artificielle, à base d’un textile artificiel et le tweed en laine, très résistant. Après la première guerre mondiale, on assiste à une libération vestimentaire. Parallèlement, le statut des couturiers se modifie : plutôt considérés comme des artisans avant guerre, ils accèdent progressivement au rang de créateurs et jouent un rôle dans le tourbillon artistique du temps. Elsa Schiaparelli, à la manière des fonctionnalistes en architecture, travaille la fonctionnalité du costume et invente le style « sportwear ». Coco Chanel, sa rivale, livre des robes droites et simples. Cette femme parisienne émancipée représente alors un réel marché et c’est ainsi que des artistes Art déco vont exercer leurs talents sur les bijoux. Les joailliers traditionnels perdent dès lors leur hégémonie. Des pendants d’oreilles pouvant aller jusqu’aux épaules sont réalisés ainsi que des colliers ornés. Les bracelets deviennent plus gros, on en porte plusieurs à la fois, plus haut sur le bras. C’est aussi l’époque de la popularisation des bracelets-montres. Elle est à mettre en parallèle avec la popularisation du sport dans les années 20. En effet les meetings d’aviations, le Tour de France cycliste et les matches de football voient les foules s’agglutiner et les 24 Heures du Mans sont créés en 1923. En 1927, les « mousquetaires du tennis français », Borotra, Brugnon, Cochet et Lacoste remporte la coupe Davis. Le célèbre chapeau cloche est aussi lancé en 1923. Il est aussi un symbole de l’époque Art déco. Il se portait avec des barrettes ou des bandeaux ornés de pierres. Les artistes Art déco réalisèrent aussi des broches ornées de bouquets de fleurs ou de corbeilles de fruits pour les corsages, les ceintures, les chapeaux ou les épaules. On y retrouve la déflagration de couleur du style 25 inspirée des ballets Russes. L’inspiration du cubisme et du constructivisme engendre une recherche du dépouillement, la présence de motifs géométriques et la fin des détails superflus. La note d’exotisme chère à l’art déco touche aussi la joaillerie. L’apparition de matières synthétiques que l’on a mentionné engendra la création de bijoux fantaisie artificiels à la portée du plus grand nombre. Mais globalement, cette mode touche un microcosme essentiellement parisien et mondain car les accessoires du style rétro sont peu abordables. Tout d’abord en raison du travail minutieux fournit dans chaque objet mais aussi à cause des matières luxueuses utilisées. Les sacs à main Art déco par exemple sont fait en luxueux tissus ou en cuirs exotiques. L’exposition de 1925 constitua l’apogée du style Art déco dans la joaillerie française : Georges Fouquet y fut le président de la section parure.
Le krach de Wall Street de 1929 fut un coup fatal donné à l’industrie du luxe et donc à cette joaillerie. Or on sait que l’Art déco vu son développement fortement diminuer après 1930. Dans cette mesure, on peut se demander si il fut à la hauteur de ses aspirations à être un art de masse.

3. Art déco, politique et économie… Un art de masse ou élitiste ?

Il faut tout d’abord savoir que l’Art déco tel qu’on le connait aujourd’hui est né de la volonté de ministres d’Etat conscients qu’un changement radical devait advenir dans le domaine de la création et de la commercialisation des arts décoratifs et industriels. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, certaines villes ont subi des destructions importantes comme Reims, la plus grande ville française ayant subit autant de dégâts. Entre 1920 et 1925, de nombreux bâtiments du centre ville et de cette période sont reconstruit en style Art déco. Cet immeuble de la rue Condorcet par exemple est typique de cette architecture avec des frontons, bas reliefs et motifs floraux. On peut considérer cette reconstruction comme la première implication des autorités publiques dans la diffusion de l’Art déco. Ensuite, il ne faut pas oublier que, comme il l’est précisé sur l’affiche de l’exposition, « L’Exposition internationales des arts décoratifs industriels et modernes » fut organisé par le ministère du commerce et de l’industrie. Le style 25 avait donc une portée économique non négligée par les autorités françaises. Ce fait est par exemple bien illustré par la naissance du métier de dessinateur publicitaire.

En effet, l’Art déco est pendant les années 20 doublement lié à l’industrie et au commerce. A l’industrie tout d’abord car la production industrielle atteint à cette époque des proportions vertigineuses. Les usines produisent en série des objets qui ne relèvent ni de l’art de la céramique ni de la ferronnerie, mais qui arborent des motifs Art déco. Au commerce ensuite car des poudriers de ce style inondent par exemple le marché, tout comme les étuis à cigarettes. Nous trouvons aussi des coques de postes de radio, des accessoires de toilette, des pieds de lampe ou encore des boites à babioles, etc. Ces objets sont généralement en plastique. Ils sont décorés de motifs géométriques, de fleurs stylisées, de personnages, de motifs aérodynamiques. A propos de cette mode des motifs aérodynamique, on peut aussi y voir l’influence de la science aérodynamique en plein boom, des progrès de l’aviation ou encore du goût pour l’automobile, donc de l’industrie. Ainsi, décorateurs et architectes créèrent des formes cinétiques paraboliques ou en aileron comme les ailerons géants de l’Empire State Building, le célèbre gratte-ciel de style Art déco, inauguré en 1931. Ce n’est que deux ans plus tard, dans le film King Kong de 1933 réalisé par Cooper et Schoedsack que le gorille géant s’y accrochera.

Cette approche nous laisse suppose que l’Art déco s’est inscrit dans la culture de masse des années 20. Mais il suffit de citer Jacques Emile Ruhlmann, à qui un pavillon entier, L’Hôtel du collectionneur, fut confié lors de l’exposition de 1925 pour se convaincre du contraire : « Il fallait conquérir ceux qui, en premier lieu, tiennent le haut du pavé. » En effet, les œuvres Art déco originales ne répondent pas à la démocratisation de l’art décoratif mais servent surtout à satisfaire le désir de luxe des nouveaux riches de l’entre-deux-guerres, cherchant dans cet art empreint de modernité un moyen de se démarquer. En ce sens, la décoration intérieure entièrement style rétro du paquebot Normandie lancé en 1935 témoigne de l’appropriation de cet art par une élite tout comme la haute couture et la joaillerie de luxe. La France connaît en effet une croissance économique forte après 1921. A la fin de 1923, le revenu national de 1913 est à nouveau atteint selon Alfred Sauvy. On observe pendant cette période, en plus de l’indice de production industriel qui double quasiment entre 1921 et 1924, une forte hausse de la capitalisation boursière. Ce phénomène entraine la naissance d’un nouveau genre de riches et scelle le destin de la bourgeoisie rentière d’avant-guerre. Mais l’enrichissement général est très inégalement partagé. Dans le monde ouvrier, la hausse des salaires est réelle mais moins rapide que l’inflation. Ce n’est donc qu’une minorité qui peut s’offrir des objets d’un style qui affectionne l’utilisation de matériaux luxueux et longuement travaillés, une élite qui a le plus profité de l’urbanisation et de la prospérité nouvelle des années d’après-guerre. Jacques Doucet représente ce type même d’homme aux moyens illimités qui créa dans son studio de Neuilly un véritable laboratoire de l’Art déco. Il est un grand couturier, collectionneur et mécène français. Dans son studio, type d’habitat symbole de modernité dans les années 20, trônent, à titre d’exemple, un lampadaire ou encore des meubles réalisés par Pierre Legrain. Jacques Doucet est un collectionneur très important pour le style rétro, car ce fut lors de la vente de sa collection issue de son temple moderne de l’Art déco en 1972, que le style fut redécouvert et remis à la mode en France. A une plus grande échelle en terme d’investissements, on peut observer cette appropriation du style par des nouvelles fortunes. Le fondateur de la famille Rockefeller, John Davidson Rockefeller, le plus grand magnat du pétrole du début du XXème siècle fut à l’origine du projet du Rockefeller Center à Manhattan, constitué d’immeubles en style Art déco. De même, le Chrysler building, aujourd’hui le « gratte-ciel préféré des New-Yorkais », est né du projet du président de l’entreprise automobile, Walter Chrysler, de créer un gratte-ciel à la gloire de son entreprise. Dans un style Art déco, de nombreux éléments de la tour inaugurée en 1929 rappellent des caractéristiques des véhicules de la marque. Par exemple, les huit coins extérieurs du 61ème étage sont ornés d’aigle en acier comme ceux qui ornait le capot des voiture en 1929. La structure en gradin de la flèche est aussi typiquement Art déco.
Ainsi, on pourra finalement préciser que le mouvement a été divisé et marqué par deux états d’esprit opposés. D’un côté les contemporains qui continuèrent d’utiliser des matériaux de luxe pour leur objet de style Art déco, qui se limitèrent donc à une clientèle aisée. De l’autre, les modernes qui prônaient la standardisation de leurs créations. Cette dernière vision des choses ne fut efficiente qu’après la crise de 1929 : l’industrie du luxe ayant été fortement touchée par le krach boursier, l’esthétique sobre et les matériaux nouveaux prirent une place plus importante dans le style 25. Pour illustrer ce fait, nous pouvons évoquer l’argenture, le chromage et le nickelage, trois techniques servant à imiter l’argent, nettement plus cher et donc à démocratiser les créations de ce style. Mais cette standardisation mis du temps à arriver. Par exemple lors de l’exposition de 1925, le pavillon de l’esprit nouveau réalisé par Le Corbusier, un moderne, fut caché par des palissades de bois car une telle standardisation de l’Art déco n’était pas encore acceptée.





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