Erasme 3ème Partie

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Erasme 3ème Partie

Message  Typhaine le Mar 25 Jan - 19:16

A. L'APPARITION D'UN CONCURRENT

Par son écriture ambiguë l'humaniste dénonce les manières de l'Église. Il est admiré et reconnu dans toute l'Europe pour ses écrits et ne se trouve pas beaucoup d'ennemis, même dans le camps religieux.
Érasme et bien d'autres humanistes ont donc émis des critiques quant aux abus de l'Église. Est critiqué notamment la volonté du pouvoir religieux de vouloir garder le privilège de l'oisiveté, de vivre et manger sur le dos du peuple.
On voit cependant, dès 1516, l'apparition d'un nouveau mouvement qui s'oppose à l'Église. Le 11 décembre, Érasme reçoit une lettre de Spalatin, le secrétaire de l'Électeur de Saxe. Il lui parle d'un jeune moine augustin qui développe des théories au sujet du pêché originel avec les quelles il n'est pas d'accord. Il s'agit là de Martin Luther, qui n'est pour alors pas encore connu.
Pendant un long moment Luther et Érasme vont s'ignorer. Quelles sont leurs différences et leurs points communs?
Tous deux semblent critiquer l'Église sur le même point et souhaitent retourner aux sources de la religion, c'est à dire aux textes, pour pouvoir mieux la pratiquer. En effet les idées que va développer Martin Luther sont avant émises par Érasme. C'est ce que lui reproche quelques théologiens catholiques et ce qu'il avouera lui même: « Tout ce que Luther revendique, je l'ai demandé moi aussi, mais avec moins de violence et sans parler ce langage brutal visant aux effets ».
Cependant les deux hommes se séparent sur la manière d'atteindre leur but. Tandis qu'Érasme rejette toute idée de violence et de révolution, de schisme; Luther n'a pas peur de rompre avec l'Église. De nature colérique il n'hésite pas à s'opposer ouvertement contre ce quoi il n'est pas d'accord, tandis qu'Érasme, plus chétif et plus peureux préfère utiliser des subterfuges, écrire des textes qui permettent toujours un doute quand à son sens profond. Luther est fort physiquement et est reconnu pour sa colère, la « folie » qui fait de lui un homme dangereux. Érasme préfère rester en dehors du monde, sa nature physique étant si faible qu'il doit boire du vin quotidiennement pour se réchauffer le sang. Zweig parle alors d'un « contraste physique [...] parfait » . « L'Erasmisme tout entier aspire au repos et à la paix de l'esprit, tout ce qui est luthérien tend à émouvoir et à surexciter les sens; plus Érasme le « sceptique », est clair, net, sobre, plus il est fort; Luther, Pater exstatius, est surtout fort lorsque la colère et la haine jaillissent de ses lèvres. » Bucer, un de ses amis, écrit même: « un frisson mortel me parcourt en pensant à la colère qui bouillonne en cet homme dès qu'il a devant lui un adversaire ».
Érasme œuvre au contraire depuis son premier livre Antibarbari contre la violence, les conflits, tout ce qui peut séparer les hommes d'une manière ou d'une autre. De plus, chaque fois qu'on lui demande de se positionner pour ou contre une idée il ne répond jamais clairement. L'humaniste n'a pas une confiance absolue en ses idées, il rejette toute certitude, la quelle n'est pas objective. « je ne donnerai pas ma tête pour l'amour de la vérité ».
Luther se fait réellement connaître grâce à ses quatre-vingt-quinze propositions qui affiche à la porte de la chapelle de Wittenberg. Au fur et à mesure que les paragraphes de Luther se propagent dans toute l'Allemagne il apparaît comme le plus « ardent défenseur de la liberté théologique ». Il dénonce dans ces lignes les indulgences instaurées pas l'Église qui veut que les pêchés peuvent être pardonnés en faisant un don pour la construction de l'église de Saint Pierre (?).
Les années passent et Luther et Erasme ne sont toujours pas entrés en contact. Cependant l'humaniste semble bien accueillir le porte parole de la Réforme: «  jusqu'ici, il est certain que Luther s'est rendu utile au monde ». Cependant il s'inquiète déjà du tempérament du moine augustin. « Luther, avec raison, a blâmé beaucoup de choses […] Si seulement il pouvait le faire avec raison. » Les deux hommes dénoncent donc la même chose, mais tandis que Luther soulève le peuple, Erasme ne voit qu'un futur malheur à cette façon de faire. Pour lui, son travail se borne à la recherche de la vérité et non pas dans sa défense. Il préfère en parler avec les érudits et non pas avec le peuple qui pourrait mal comprendre ses enjeux.
Luther est maintenant entouré dans sa lutte contre le Pape et l'Empereur par des princes, des nobles et savants, Melanchton et Spalatin. Cependant la popularité d'Erasme et telle que Luther se décide à lui écrire pour l'invité à rejoindre son camps, ou du moins à approuver ses idées le 28 mars 1519. La position de Luther est délicate et l'appui d'Erasme pourrait lui être d'un grand secours. Mais fidèle lui-même, à son indépendance d'esprit, l'homme chétif se refuse à un engagement. Il prétend ne pas avoir un connaissance suffisante des œuvres de Luther pour pouvoir en discuter et lui répond qu'il ne veut rester neutre dans ce combat : « Je reste neutre autant que je peux […] et je crois qu'une réserve adroite est appelée à de meilleurs résultats qu'une brutale intervention ». Les deux hommes conviennent alors d'un pacte de neutralité.

B. LE DEBAT LUTHER/ ERASME

Mais plus que la neutralité, Érasme veut la paix. Il commence donc par essayer de calmer les ardeurs de Luther ans ses lettres: « Je souhaiterais que Luther cessât toute dispute un certain temps et qu'il plaidât la cause de l'Évangile dans sa pureté, sans tout ce « mélange » ». « Toute vérité n'est pas bonne à dire. Ce qui importe principalement, c'est la façon de la proclamer. » Les moyens qu'utilise Luther sont pour lui une incitation à la violence qui peut aboutir à une situation bien pire que celle déjà existante. Il se penche dans le même temps au parti opposé, au Pape et aux grands. Il les pries de plus d'indulgences envers Luther: « Toutes les erreurs ne sont pas obligatoirement des hérésies ». Il propose même dans un lettre au cardinal Campeggio « une confession de foi publique ». C'est à dire qu'il réclame une réunion des deux camps pour un « accord digne de chrétiens ». Mais il n'est écouté nulle part. La Chancellerie romaine décide même l'excommunication de Luther dans une bulle.

Cependant Érasme a eu à jouer son rôle dans la Réforme. Alors que l'Empereur Charles Quint convoque la diète de Worms pour juger Luther et invite Frédéric de Saxe, prince et protecteur de celui-ci. Le prince ne sait pas dans quel camps se positionner depuis que Luther est puni d'excommunication. Continuer à le protéger signifie s'opposer ouvertement à L'empereur. F. de Saxe demande donc conseil à Érasme le 5 novembre 1520. (passage en Cologne). Érasme lui répond donc par les axiomata: Il exprime son avis sur les différents points des revendications de Luter et sur sa méthode et conclut qu'il faut régler cette affaire dans un concile public. Frédéric demande alors le 6 novembre au légat pontifical que Luther soit entendu publiquement, par des juges « libres et à l'abri de tout soupçon ». Mais la diète de Worms sépare encore plus les deux camps.
La volonté d'Érasme de ne pas s'engager irrite de plus en plus les deux camps. Le camps catholique lui reproche d'avoir semé les idées à l'origine de la révolte luthérienne et les protestants d'être du côté catholique. Il se voit donc obligé de quitter Louvain où des manifestations étudiantes sont organisées contre lui (le légat Aléandre est même obligé d'intervenir en sa faveur) et s'en va à Bâle en 1521; il y restera pendant huit ans. Lors qu'Érasme désirerait resté tranquille, tout le monde lui demande son avis, Zweig l'exprime ainsi « Sa parole à trop de poids pour que les gens des deux partis veuillent renoncer à son autorité ». En 1523 François Ier l'invite à venir s'installer en France, Henri VIII et le pape Adrien VI l'incitent à écrire contre Luther. Érasme refuse toutes les propositions. A la mort de Luther , Albert Dürer le prie d'être le nouveau chef de file. Le pape lui écrit alors en personne. L'humaniste répond à son habitude par des lettres ambiguës qui contournent les questions qu'ont lui posent. Cependant cela ne l'empêche pas d'être clair sur certains points: « S'il est quelqu'un qui a reçu du Christ de plus grands dons spirituels du Christ et qui possède plus de certitude que moi, qu'il utilise ses dons pour la gloire du Christ. »
Quelqu'un cependant l'oblige à rentrer dans la querelle: Ulrich von Hutten. C'est un ancien disciple prometteur d'Érasme. D'abord passionné par les écrits latins comme son maître, il décide de laissé tomber cette langue afin de pouvoir communiquer avec un public bien plus large. Luthérien, il est banni d'Allemagne et décide de se rendre, atteint de la peste, à Bâle chez son ancien ami. Érasme refuse l'homme malade qui à préféré les armes à la plume en lui servant des excuses, comme à son habitude. Après avoir répété sa demande, Hutten va trouver refuge chez Zwingli à Zurich. Mais il attaque son ancien ami dans une diatribe féroce : Expostulatio cum Erasmo, il l'accuse de lâcheté et d'indécision, de soif de gloire et de jalousie. Érasme qui ne peut pas empêcher la parution de cet écrit est désormais forcé de se défendre en public: il publie Spongia adversus aspergines Huttenti (pour laver avec cette éponge les outrages d'Hutten).

La même année Luther envoie une lettre à Érasme, et lui demande de conserver sa neutralité: « à rester avant tout simple spectateur de la tragédie qui se déroule ». La lettre est hautaine et l'humaniste outré qui est déjà rentré dans la combat, se décide à prendre sa plume. Il choisit pour attaquer Luther le point faible du dogme luthérien t d'y faire porter son attaque: la question du libre-arbitre. Luther est obligé de reconnaître qu'Érasme est « l'unique homme qui ait découvert le point sensible et qui ait saisi son ennemi à la gorge ». Dans libero arbitrio (défence du libre arbitre), il explique qu'ai contraire des certitudes de Luther qui veulent que l'homme n'est aucun pouvoir sur sa destiné, que seule la volonté divine décide du droit chemin d'un individu, qu'on ne peut supprimer l'hypothèse du libre-arbitre. Érasme considère la raison comme un don de Dieu. Bien il ne peut y avoir aucune certitude, les Saintes Écritures laissent planer le doute. Cependant Érasme continue de rejeter les extrêmes et explique qu'il vaut mieux laisser aux hommes l'illusion du libre-arbitre.
Luther ne répond pas tout de suite à cette attaque, d'autres évènements concrets surviennent en même temps. Un mouvement encore plus radical que celui qu'il dirigeait se met en place chez les paysans allemands qui réclament une révolution matérielle. Luther se range du côté des princes cette fois-ci, et combat contre eux. Lorsque que les paysans se font vaincre par la cavalerie, il affirme fièrement avoir leur mort « sur la conscience ».
Puis en 1526, il réplique au livre d'Érasme avec son De servo arbitrio (« du serf-arbitre »). Il y dénonce l'absence de prise de position de son adversaire. Deux conceptions complètement opposées s'affirment alors. Pour Érasme la paix et la tranquillité sot supérieures à la foi. Pour Luther, la foi doit être défendue à n'importe quel prix. Il affirme aussi que « sans certitude il n'y a pas de chrétienté. […] Celui qui, par tiédeur ou scepticisme, montre l'hésitation dans les choses de foi, celui-là doit cesser une bonne foi pour toutes de se mêler de théologie ». Tandis que pour Luther la fois se défend à tout prix, Érasme pense que le Christ au nom de la paix.
On peut dire qu'est là la rupture entre la Réforme et l'Humanisme.
Érasme répond par un bref écrit Hyperaspites (« superbouclier »). Il publie la même année l'Institution du mariage chrétien.
Un an plus tard, Luther lui écrit une lettre pour s'excuser de l'avoir traité si durement. C'est cette fois Érasme qui le rejette dans sa dignité.
Bâle devient une ville a parti et Erasme refuse d'y rester; il se sauve à Fribourg, plus catholique, en 1530.

C. LE RETRAIT D'ERASME

Érasme ressort fatigué et brisé de ce combat contre Luther. On peut dire que ses idées sont vaincues et le vieillard est en proie à la désillusion. Il devient selon Zweig « peu à peu un homme ironique, railleur, amer ». Son état physique dû à la vieillesse est de plus en plus dégradé. Impuissant face aux batailles que se livrent les religions il ne peut que commenter: « Ils ont tous à la bouche les mots: Évangile, Parole de Dieu, Foi, Christ et Saint Esprit, et cependant j'en vois beaucoup parmi eux qui se comportent comme s'ils étaient possédés du démon ». Il ne cesse jamais d'avoir sa propre opinion.
Lorsque la possibilité d'une union se présente, lors de la Diète d'Augsbourg, Érasme n'est pas présent. Charles Quint est décidé à rallier les deux partis opposés tous deux fatigués de la bataille et rassemble un concile, suivant l'idée érasmienne. Ce dernier est invité mais ne vient pas. La Diète se termine mal et le monde chrétien est définitivement coupé en deux.
Érasme qui ne se cachait pas d'avoir peur de la mort (Éloge de la Folie) se retrouve à l'attendre impatiemment. Beaucoup de ses amis sont morts: Froben est mort en 1528, Thomas More à été condamné à mort 1537 comme J. Fisher; Zwingli a été tué aussi …
Il continue cependant à travailler jusqu'à sa mort et publie en 1434 un traité sur la Concorde de l'Église, sur l'art prédicateur et sur la préparation à la mort.
Jusqu'à la fin de sa vie il est resté indépendant: bien qu'en 1535 il affirme sa fidélité à l'Église romaine au nouveau pape, il refuse le chapeau de cardinal que lui offre le pape.
Avant de mourir Érasme éprouve le besoin de revoir sa terre natale ce qui n'arrivera pas: Il meurt à Bâle le 12 juillet 1536 entouré de quelques vieux amis.

Typhaine

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Date d'inscription : 23/01/2011

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