Exposé d'Apollon

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Exposé d'Apollon

Message  ramones le Lun 17 Jan - 22:26



I/Apollon dans le monde mythologique

I.1) La naissance d'Apollon et sa place dans le système cosmologique
I.1.1) Mythe de la naissance d'Apollon
I.1.2) Place cosmologique d'Apollon

I.2) Les principaux faits d'Apollon
I.2.1) Dans l'épopée homérique
I.2.2) Dans le reste de la mythologie
I.2.3) Les amours d'Apollon

I.3) Attributs et rôles d'Apollon
I.3.1) Les rôles d'Apollon
I.3.2) Les épiclèses d'Apollon
I.3.3) Les attributs d'Apollon et leur symbolique

II/ Apollon dans le monde grec

II.1) Jeux et villes dévolus à Apollon
II.1.1) Les jeux dévolus à Apollon
II.1.2) Les villes dévolues à Apollon

II.2) Les sanctuaires d'Apollon

II.3) Le culte de la pythie à Delphes
II.3.1) La place dans la mythologie
II.3.2) La place dans la société
II.3.3) La place dans l'histoire

III/ Apollon dans le monde archéologique

III.1) Aux origines du Dieu
III.1.1) La piste celtique
II.1.2) La piste anatolienne

III.2) Les représentations artistiques d'Apollon


Conclusion










Un des plus beaux hommages à Apollon que nous ayons nous vient de Pindare qui nous dit dans ses Fragments que « D’un pas, il a franchi les terres et les mers ; et, sur les hauts sommets des monts il s’est arrêté ; et il a ébranlé les abîmes, en jetant les fondements de ses bois sacrés. » Et en ces quelques mots, Pindare fait ressortir à quel point Apollon a pût être un dieu majestueux, lui qui était un grand admirateur de cette divinité nous offre un témoignage de la grandeur et de l’importance de celui-ci.
Car grand, majestueux et important, Apollon l’est à coup sûr. Divinité majeure, prépondérante dans le monde grecque, peut être même celle qui symbolisa le mieux la culture des anciens, extrêmement représenté et aux fonctions multiples, Apollon était toutefois un dieu protéiforme, aux multiples visages. C’est sur quoi notre exposé tentera de mettre l’accent, essayant de souligner l’ambivalence et le caractère paradoxal de celui-ci. Pour comprendre les ambiguïtés existantes autour d’Apollon et faire ressortir au mieux ses multiples facettes, tant dans la société antique, que ce soit par sa statuaire, ses fonctions ou encore ses origines, que dans la mythologie nous suivrons le plan suivant :

I) La naissance d'Apollon et sa place dans le système cosmologique
I.1.1) Mythe de la naissance d'Apollon

Notre source principale sur la naissance d'Apollon. On suppose qu'il existait une autre version de celle-ci dans la théogonie orphique. Selon cette version, Apollon était fils de Zeus et de Létô, une titanide de seconde génération. Sur le point d'enfanter, sa mère parcourt la mer Egée, désespérément à la recherche d'un endroit où accoucher, elle interroge les îles (Eubée, Egine..), les monts (Autocane, Pélion...). Mais aucune d'entre eux accepte car « toutes furent saisies de crainte et de terreur et nulle n'osa, quoique fertile, recevoir Apollon ».
Finalement, seule Délos accepte, après qu'elle lui eut promis que si l'île acceptait de construire un temple à Apollon, les dieux la protégeront et « les étrangers lui apporteront des sacrifices dont la fumée s'élèvera vers les cieux. »
Suite à l'accord de l'île, Létô accouche (avant elle étreint un palmier qui deviendra sacré...) et Homère nous dit qu'elle « fut déchirée par les cruelles douleurs de l'enfantement. » pendant neuf nuits et neuf jours, aidée par toutes les déesses. A peine né, Apollon demande le nectar qui lui est offert par Thémis, et déjà, il réclame ses attributs : la lyre et l'arc, et affirme ses pouvoirs.
Comme c'est toujours le cas, ou presque, dans la mythologie grecque, ce récit n'est pas le seul de la naissance d'Apollon, on trouve d'autres versions, différant quelque peu, chez Hygin, Hésiode ou chez Pindare, qui nous dit que Apollon est né sur Délos, certes, mais en même temps que sa jumelle Artémis. Hygin lui parle de la poursuite de Létô par Python, serpent qui, ayant prédit sa propre mort d'Apollon veut empêcher sa mère d'accoucher, Hygin nous dit que la mère de Phoebo aurait trouvé refuge sur l'île d'Ortygie que Poséidon recouvre d'eau. Une fois que Python eût abandonné ses recherches, Poséidon fît sortir l'île de sous la mer, qui prend alors pris le nom de Délos.
I.1.2) Place cosmologique d'Apollon
La mythologie grecque est composée de dieux et de déesses que l'on a pris l'habitude de définir dans leurs différences, selon un aspect défini. Ainsi Zeus serait le roi des dieux, Héra la déesse du mariage, Artémis celle de la chasse, de la lune et des jeunes enfants. Parfois, les rôles peuvent sembler redondants, par exemple Sélénée est elle aussi déesse de la lune. En réalité, on ne peut pas réellement répartir les dieux grecs aussi sommairement, ils n'existent qu'accompagnés d'une épiclèse : un épithète d'attribution ou de lieux (appelé dans ce cas épichorique). Par exemple : Athénée aux yeux clairs n'est pas la même déesse qu'Athénée Niké. De plus, les dieux grecs n'existent que dans un système.
Nous reviendrons plus tard sur les épiclèses d'Apollon, quant à sa place dans le système cosmologique elle est la suivante, elle se définit via ses rapports aux autres dieux, ses relations de parenté : Apollon, en tant qu'il est un des dernier nés de la génération des olympiens (fils de Zeus), et qu'il est particulièrement anthropomorphique appartient à cette catégorie de dieux qui sont à la fois des reflets des hommes et en même temps l'incarnation de la perfection dans un domaine. Chez Apollon, c'est les arts, en effet, il est le père des muses, autre indication sur la relation de parenté. Il prête aussi son char à hélios, dieu du soleil, et participe donc à la levée du jour., tandis que sa soeur, Artémis, liée à la lune, nous permet de comprendre qu'Apollon joue un rôle important dans le quotidien qui définit l'homme et sa notion du temps.
Enfin, Apollon, de par l'absence de ses aventures avec des mortels, symbolise une beauté divine, inatteignable par l'homme qui ne peut qu'essayer d'accéder à une telle beauté. Apollon plus que tout rappelle aux homme qu'ils sont mortels à la fois par sa participation au cycle circadien et par sa beauté inaltérable et insoumise à l'usure du temps.

I.4) Les principaux faits d'Apollon
Autres faits mythologiques
Apollon est aussi connu dans d’autres récits mythologiques. Le dieu atteint l’âge adulte sept jours après sa naissance et part établir son culte chez les hyberboréens mais de retour en Grèce, il désire s’installer à Delphes ou vivait alors Python, fille de Gaïa. Apollon face à ce monstre l’abattit « d’un millier de flèches » selon Ovide. Le dieu prend alors le nom de pythien et célèbre son oracle à Delphes.
Apollon tua aussi le géant Tityos d’une flèche car celui-ci avait violé sa mère Léto. Ce crime fut approuvé par Zeus et le géant fut condamné à des tourments éternels dans le Tartare (Enfers).
Avec sa sœur, Artémis, il massacra aussi tous les enfants de Niobé. Cette reine de Thèbes avait sept filles et sept fils. Elle se vantait d’être plus féconde que Léto. Artémis et Apollon, furieux de son arrogance, tuèrent les 14 enfants. Alors que sa dernière fille s’agrippait désespérément à la robe de sa mère, Niobé supplia qu’on l’épargne mais Artémis la frappa d’une flèche. Sous la douleur, Niobé se transforma en pierre. Zeus condamna Apollon pour sa violence démesurée. Le dieu dû se mettre au service d’un mortel pendant un an. Il construisit alors les murailles de Troie pour le roi Laomédon.
Pour finir, la musique est une part très importante de la personnalité du dieu. Un jour, le satyre Marsyas le défia à la flûte, lors d’un concours. Apollon, vexé, l’humilia avant de le brûler vif. Le roi Midas fit la même erreur quand il annonça qu’il préférait la musique de Pan qui jouait de la flûte de roseau à la mélodie de la lyre d’Apollon. Apollon lui fit alors pousser des oreilles d’âne.

Place dans l’épopée homérique
Apollon joue un rôle majeur dans l’épopée homérique surtout dans l’Iliade. Apollon se pose comme le défenseur des Troyens. Son attachement à la cité troyenne serait due à la période où il était serviteur de Laomédon, roi de la cité. Homère le présente d’abord comme un dieu archer et selon le poème homérique le son de son arc est terrible et sa voix gronde comme le tonnerre quand il stoppe le guerrier Diomède pour sauver Enée. Lors de la bataille, Apollon prend la forme d’un mortel pour guider Hector et Enée. Dans certaines versions Apollon intervient directement sur le champ de bataille comme, par exemple pour désarmer Patrôcle, le cousin d’Achille, et le laisser à la merci des troyens. Il aurait aussi guidé les flèches de Pâris quand celui-ci tua Achille. Il a pour adversaire sa demi-sœur, Athéna qui défend les Grecs.

Ses amours
Malgré sa grande beauté, Apollon fut très malheureux en amours tant chez les nymphes, les femmes ou les hommes. Je ne vous en citerais que quelques-unes qui me semblent emblématiques. Du côté des femmes, l’histoire de Daphné est représentative des désastres amoureux de notre Apollon. Eros qui avait été offensé par le dieu, se vengea en le faisant tomber amoureux de la nymphe Daphné. Celle-ci désespérée s’enfuit et au moment où il la rattrapa implora qu’on la libère de son corps et elle fut changée en laurier. Apollon s’éprit aussi d’une princesse troyenne Cassandre, qui lui promit de s’offrir à lui s’il lui accordait le pouvoir de divination. Cependant après avoir obtenu satisfaction, elle se refusa à lui. Apollon la condamna alors à ne jamais être prise au sérieux malgré la véracité des oracles. Apollon eut quand même un fils avec la princesse Coronis, Asclépios qui par la suite devint le dieu de la médecine. Cependant Coronis le trompait avec un mortel, Apollon averti envoya alors sa sœur qui après avoir arraché l’enfant du ventre de sa mère la jeta au bûcher.
Apollon compte aussi de nombreuses aventures avec de jeunes garçons. Il s’éprend, notamment d’une jeune spartiate, Hyacinthe qu’il tua par accident lors d’un entraînement de lancer de disque. Apollon fait alors jaillir une fleur du sang qui serait la jacinthe actuelle. L’histoire de Cyparisse se termine également de manière tragique. Ce dernier, aimé d’Apollon, avait pour compagnon un cerf apprivoisé qu’il tua par mégarde lors d’une partie de chasse. Par désespoir, il supplia le dieu de le tuer et de pouvoir pleurer pour toujours. Apollon le transforma alors en cyprès, symbole par excellence de la tristesse.

I.5) Attributs et rôles d'Apollon

I.3.2) Les rôles d'Apollon

Apollon est un dieu particulièrement ambigu, à la fois extrêmement positif et en même temps négatif. Du point de vue positif, Apollon est une divinité kourotrophe de «Kouros » le jeune homme et « trophoïn » nourrir. C'est une divinité protectrice des jeunes hommes, tuteur des éphèbes , qui les aide et participe à leur parcours initiatique, mais il peut de même leur rendre la vie impossible, car il à son rôle à jouer en amour, y compris les plus malheureux. C'est aussi un dieu solaire, il participe à la levée du jour et à éclairer le monde des hommes (attention ici à ne pas faire d'amalgame avec la philosophie platonicienne largement postérieure). C'est de plus le conducteur des muses, un remarquable artiste, qui est une source d'inspiration au sens figuré, il est celui qui comme les muses, illumine l'artiste de ses rayons créatifs (au sens propre aussi car nous verrons après à quel point les représentations d'Apollon ont été nombreuses, à l'antiquité, mais à la renaissance aussi). Enfin en tant que dieu de la beauté, c'est le « kouros » absolu, la beauté parfaite, et beauté esthétique chez les grecs était synonyme d'harmonie. C'est de plus un fantastique archer, divinité protectrice avec sa soeur Artémis de ce corps d'armée.
Il prête aussi son char à hélios, dieu du soleil, et participe donc à la levée du jour., tandis que sa soeur, Artémis, liée à la lune, nous permet de comprendre qu'Apollon joue un rôle important dans le quotidien qui définit l'homme et sa notion du temps.
Enfin, Apollon, de par l'absence de ses aventures avec des mortels, symbolise une beauté divine, inatteignable par l'homme qui ne peut qu'essayer d'accéder à une telle beauté. Apollon plus que tout rappelle aux hommes qu'ils sont mortels à la fois par sa participation au cycle circadien et par sa beauté inaltérable et insoumise à l'usure du temps.
Néanmoins, Apollon possède aussi des rôles plus ambivalents, voire carrément négatifs, C'est par exemple le dieu des mystères, protecteur des oracles, et lié à leurs prophéties, que les augures soient bons ou mauvais. D'où l'occurrence que l'on trouve parfois faite à 'Apollon oblique. C'est ainsi par exemple lui qui préside à Delphes, plus grand sanctuaire oraculaire du monde panhéllénique, mais c'est aussi lui qui était patron de Chalcas, l'oracle qui prédit à Agamemnon qu'il devait sacrifier sa fille Iphigénie à Artémis s'il souhaitait la victoire. C'est de plus une divinité agraire, capable certes de favoriser les champs (comme Déméter, une de ses tantes) mais aussi d'envoyer de terribles maladies comme la peste. C'est aussi un dieu tant céleste que chtonien. Céleste de par ses attributs solaire et sa résidence olympienne et chtonien de par son affiliation aux serpents (mythe de Python, symbole de la médecine, science à laquel lui même et son fils Eusculape président) ou au rat. En tant que maître des rats, il peut choisir de les faire fuir ou attaquer. Car c'est aussi un des aspects d'Apollon, que Homère décrit comme un Dieu orgueilleux, emporté par ses sentiments et par la violence, parfois à caractère vengeur ou belliqueux comme c'est le cas dans l'Iliade. Il n'hésite pas à envoyer la peste à troie lorsque le roi Laomédon refuse de les payer, lui et Poséidon pour l'érection des remparts troyens.
II. Sur lui, Le Dictionnaire des Symboles, aux éditions Robert Laffont, nous dit : « Réunissant des éléments divers, d'origine nordique, asiatique, égéenne, ce personnage divin devient de plus en plus complexe, synthétisant en lui nombre d'oppositions, qu'il parvient à unir en un idéal de sagesse, qui définit le miracle grec. Il réalise l'équilibre et l'harmonie des désirs, non en supprimant les pulsions humaines, mais en les orientant vers une spiritualisation progressive, grâce au développement de la conscience »

I.3.1) Les épiclèses d'Apollon

• ὑπερόρεος / hyperbóreos, hyperboréen), « de l'extrême Nord », lié à son exil en Hyperborée suite au meurtre de Python, là où il voulait fonder son temple à Delphes.
• ἑκηόλος / hekêbólos, « qui vise loin »
• ἀργυρότοξος / argyrótoxos, « à l'arc d'argent », lié à un de ses attributs.
• ἑκάεργος / hekáergos, « qui repousse au loin », avec ses flèches, idem.
• μουσαγέτης / mousagétês, « conducteur des Muses, musagète », dû au fait qu'il soit le conducteur des muses.
• χρυσολύρης / khrusolúrês, « à la lyre d'or », lié à un de ses attributs.
• ἀλεξίκακος / alexíkakos, « qui éloigne le mal », car la beauté était sensée, chez les grecs, éloigner le mal
• λοξίας / loxías, « l'oblique » (pour Apollon comme dieu des oracles) ;
• Σμινευς "Smintheus", nom d'origine obscure en relation avec le dieu-taupe, lié à Esculape, médecin célèbre de l'Antiquité

I.3.3) Les attributs d'Apollon et leur symbolique

Les principaux attributs d'Apollon sont :
° L'arc, généralement dépeint comme d'argent, que l'on peut associer à la fois au caractère vengeur d'Apollon et à ses attributs solaires, les flèches symbolisant les rayons de l'astre diurne.
°Les instruments de musique que son la lyre et la flûte, lié au caractère musagète d'Apollon, conducteur des Muses, protecteur des artistes et lui même grand musicien.
°Le trépied, récompense que l'on offrait aux gagnants des concours de poésie (Hésiode par exemple en remportera un en Eubée, au cours de jeux funéraires), et qui rappelle la fonction artistique d'Apollon, mais aussi sa beauté, car la poésie est belle. De plus il rappelle sa fonction oraculaire car le trépied est un symbole de la divination grecque.
°Les cornes de bovidé associées à son rôle de divinité agraire
°Le laurier, à cause de son aventure avec Daphné racontée précédemment.
Il existe aussi des animaux plus traditionnellement associés à Apollon, le corbeau pour son aspect vengeur mais aussi parce que le corbeau est traditionnellement associé aux oracles et à la divination , le loup* parce qu'il punit (ou aide) les jeunes hommes, le coq pour l'aspect solaire d'Apollon et son rôle dans le cycle jour/nuit, le cygne pour sa beauté pure et insaisissable mais aussi parce que Apollon est « Phoïbé » c'est à dire brillant et enfin le serpent du fait de son lien avec le mythe de Python précédemment mentionné.
* (cf thèse du Dieu loup : Dans Apollo the Wolf-god[98], Daniel E. Gershenson voit en Apollon un dieu d’origine indo-européenne, dont les attributs principaux seraient rassemblés dans l’expression Apollon dieu-loup. Cet auteur s’inscrit dans la lignée des travaux de Louis Gernet Dolon le loup et de Henri Jeanmaire Couroï et Courètes.
Par là, il faut entendre non pas le culte de l’animal en lui-même, mais de son symbolisme de loup mythique, lequel n’est autre que le vent considéré tant par ses vertus bénéfiques que destructrices. Les vents, comme Zéphyr le vent-loup, peuvent être favorables aux semences, mais sont aussi tenus pour issus des cavernes et cette origine souterraine les mets en relation avec les Enfers. Le vent est ainsi le passage entre le chaos et le cosmos.
Ceci explique le rôle de la divinité comme tuteur des éphèbes, de jeunes guerriers qui accomplissent leur initiation d’adultes, sa fonction de protecteur du grain semé et enfin sa qualité de dieu de la prophétie qui révèle les mystères et initie les musiciens et les poètes. Le Lycée (Λύκειον / Lykeion) rendu célèbre par Aristote est placé dans un gymnase jouxtant le temple d’Apollon Lykeios. Apollon Lykeios, le dieu-loup, serait le maître des passages, dieu qui transforme les forces chaotiques des confréries de loups-garous de l’adolescence vers l’âge adulte, qui dévoile par la prophétie ou la Pythie le monde caché vers le découvert.
Gershenson présente de nombreux témoignages dans le monde européen qui pourraient montrer que ce dieu-loup et dieu-vent remonte à une période antérieure à la séparation des peuples européens qui ont pénétré en Europe centrale et méridionale. Ses déductions ont été confirmées plus tard par Bernard Sergent, un auteur qui a notamment souligné le lien d'Apollon avec les loups et son rôle joué dans les initiations, ainsi que son origine indo-européenne. Apollon est particulièrement associé à Borée, le Vent du Nord. Lug, son équivalent celtique, est un « chevaucheur de tempêtes ». Sergent a cependant accusé Gershenson de donner une vision trop réductrice d'Apollon, ce dieu ayant une personnalité beaucoup plus riche que celle décrite dans cette thèse)
Les jeux et les villes dévolues à Apollon

Les Karneai sont des festivités religieuses célébrées à Sparte en l’honneur d’Apollon Karneios c’est-à-dire « le protecteur du bétail ». Elles sont généralement célébrées au mois d’août durant le mois de karneion. Ce sont ces fêtes qui retardent les Spartiates à la bataille de Marathon et les renforts aux Thermopyles. C’est une festivité de nature militaire, mais qui a aussi de type agricole.
Delphes célèbre aussi les jeux pythiques qui comportent trois sortes d’épreuves, classiques de la Grèce antique, la lutte, le pugilat, le pancrace. Comme dans la lutte actuelle, le joueur devait mettre à terre son adversaire. Il devait le faire tomber trois fois pour obtenir la victoire. Le pugilat consistait à frapper la tête de son adversaire. Ce combat se terminait souvent par la mort d’un des athlètes. Le mot pancrace signifie « tout est permis en force ». Cette épreuve comme son nom l’indique était d’une grande violence. Les corps des combattants était enduit d’huile et de sable et combattaient jusqu’à l’épuisement. Tous les coups étaient permis pour avoir la victoire.
Il existe de nombreuses villes qui portent le nom d’Apollon, d’après le nom de leur sanctuaire dédié au dieu. Pour n’en citer que quelques-unes : il existe une Apollonie de Mygdonie en Macédoine, une à Thrace, une sur l’île de Crète, en Sicile…

Les sanctuaires d’Apollon

Quand le culte d’Apollon apparaît en Grèce, il existe déjà des peuples qui l’honorent comme les crétois qui auraient été ses premiers prêtres comme nous le signale l’Hymne homérique. Son lieu de culte principal en Grèce est à Delos (le trésor de la ligue de Delos ), capitale des Ioniens. C’est sous Périclès qu’on lui donna son caractère si sacré après la prise de l’île par les athéniens. Périclès y fait interdire toute naissance et toute mort. Ce lieu tant mythique qu’historique serait le lieu où Apollon serait né. Dans la mythologie, Zeus pour protéger Leto de la colère d’Héra, aurait immobilisé l’île pour qu’elle puisse accoucher de jumeaux : Artémis et Apollon. Ce site était comme un lieu de pèlerinage dans l’Antiquité. Deux temples furent construits en son honneur par les Athéniens, d’ordre dorique, dont il ne nous reste que des vestiges, qui réunissent deux salles de banquet autour d’une cours.
Le culte d’Apollon se répand très vite en Attique et même au-delà comme, par exemple, en Syrie ou en Asie Mineure ou un sanctuaire d’une très grande envergure (118 m/ 60 m ) est construit près de Milet : le sanctuaire de Didymes en Turquie. Sa construction est estimée vers 330 avt. J.C. Il est réputé par son oracle car se serait en ce lieu que Leto et Zeus auraient conçu Apollon. A la chute de Milet, en -494, le temple tombe aux mains des Perses. Plus tard, Xerxes détruisit le sanctuaire après sa défaite de Platées en -474.
Il existe d’innombrables temples en Grèce bien sûr, qui lui sont dédiés. Le temple d’Apollon Epicourios à Bassae, par exemple, fut construit par les habitants de Philagie pour les protéger les maladies notamment lors de l’épidémie de peste durant la guerre du Péloponèse. Ici, Apollon à la fonction de guérisseur. C’est l’un des temples les mieux conservés de nos jours.

II.3) Le culte de la pythie à Delphes M 8mn
II.3.1) La place dans la mythologie

Le sanctuaire d'Apollon à Delphes trouve comme tous les sanctuaires son origine dans la mythologie. Nos sources principales seront ici les métamorphoses d'Ovide ainsi que l'hymne à Apollon d'Homère.
Ceux-ci nous apprennent que après une jeunesse passée à voyager, chez les hyperboréens selon Pindare, Hygin ou Servius (commentateur de l'énéide). On retrouve ici les nombreuses contradictions intrinsèque à la mythologie, Pindare nous parle d'un pays où le soleil ne se couche jamais, nulle autre mention n'en est fait alors que Diodore de Sicile nous dit qu'il s'agit de la patrie de sa mère Lêto. Homère lui nous raconte qu'il a voyagé un peu partout en Grèce, passant par la Béotie, la Thessalie et l'ensemble de la « Grande Grèce ». Tous s'accordent plus ou moins sur la durée de son voyage, qui aurait été d'environ un an. Arrivé à cette échéance, il décide de fonder son temple. Il ira d'abord près de l'hélicon, mais la source Telphouse, rusée, et ne souhaitant pas partager son territoire lui suggère d'aller voir à Crisa près de Delphes. C'est seulement alors qu'il se rend à l'endroit qui deviendra son sanctuaire. (selon Diodore il y reviendra ensuite tous les 19 ans suivant un cycle métonique). Mais là se trouve un énorme serpent, Python, monstre mythologique terrifiant autant qu'il est répugnant et qui, selon Homère, aurait servi de nourrice à Typhée. Quant à ce qui lui arrive à ce point de son histoire, laissons parler Homère :
« Cette hydre causait des maux innombrables aux humains ; quiconque s'offrait à sa vue trouvait la mort, jusqu'au moment où le puissant Apollon la frappa d'une flèche terrible. Alors l'hydre en proie aux plus vives douleurs, respirant à peine, se roule sur le sable, pousse d'affreux sifflements, se tord en tous sens, se précipite au milieu de la forêt ; et dans son souffle empesté exhale sa sanglante vie. Cependant Apollon s'écriait dans la joie de son triomphe :
"Que ton corps desséché pourrisse sur ce sol fertile ; tu ne seras plus le fléau des mortels qui se nourrissent des fruits de la terre féconde et ils viendront m'immoler ici de magnifiques hécatombes ; ni Typhée, ni l'odieuse Chimère ne pourront t'arracher à la mort, mais la terre et le soleil dans sa carrière céleste feront pourrir ici ton cadavre. »
Il lance ensuite les fondations du sanctuaire pythique, et prend le titre de Pythien. En colère contre Telphouse, qui l'a trompée, Apollon rebrousse chemin et ensevelit la source sous de lourds rochers. Il lui faut à présent trouver des prêtres pour son temple, pour cela, il prend la forme d'un dauphin, et, ayant aperçu un navire crêtois voguant vers Pylos, fait en sorte que celui-ci accoste à Crisa. Là il prend la forme d'un jeune homme et les guide jusqu'au temple, dont ils deviendront les desservants après qu'il leur eût promis le droit d'être dans les secrets des dieux.
(L'arrivée à Delphes fait l'objet de variantes. Chez Pindare, le dieu prend contrôle du lieu par la force (on ne précise pas comment), ce qui pousse Gaïa à vouloir le jeter au Tartare[19]. D'autres auteurs mentionnent également les répercussions du meurtre de Python : chez Plutarque, Apollon doit se purifier dans les eaux du Tempé[20]. Chez Euripide, Léto amène Apollon à Delphes où il tue le serpent Python. En colère, Gaïa envoie aux hommes des rêves prophétiques. Apollon se plaint de cette concurrence déloyale à Zeus, qui met fin aux rêves[21]. Chez Hygin, Apollon tue Python pour venger sa mère, que le serpent a poursuivi pendant sa grossesse[12]. ) (Wikipédia, pas obligé de lire)

II.3.2) La place dans le monde grec antique

Le sanctuaire était considéré comme le centre universel du culte à Apollon, là, les oracles étaient rendus par une prophétesse nommée la Pythie, via laquelle Apollon était sensé s'adresser directement aux mortels. Plusieurs sources dont Plutarque tendent à indiquer que la Pythie elle même n'était pas visible et que ses prophéties étaient rapportés par ses desservants. Strabon (IX, 3, 5 ) rapporte que vers 1400 existait là un petit village, qui fût abandonné entre 1100 et 800, date à laquelle le sanctuaire à dû commencer à se développer. Les sources archéologiques modernes semblent indiquer que le site a plusieurs fois changer de divinité protectrice, et qu'à l'origine, il était consacré à Thémis ou au serpent Python. Néanmoins, au VIIème siècle avant Jésus Christ, suite à des événements importants mais qui nous sont inconnus, l'oracle passe à Apollon. Selon la tradition, il était placé sur une pente où se trouvait une fissurait d'où exhalaient des vapeurs.
C'est Diodore de Sicile qui nous apporte les plus importants éclaircissements sur la pratique du culte pythique. Les premiers jours de chaque mois, celle-ci s'enfermait dans une grotte, non loin du sanctuaire pour n'en ressortir qu'à l'aube du septième jour. C'était celui de la cérémonie. Elle allait alors à la fontaine Castalia, là elle s'aspergeait de l'eau sacrée du Mont Parnasse, se soumettait à des fumigations de feuilles de laurier, plante sacrée qu'elle mâchait également lorsqu'elle devait proférer les oracles lorsqu'elle prononçait sa sentence.

Le parcours de la voie sacrée était un chemin d'initiation qui se parcourait en méditant. Les "Sept voies de la sagesse" qui étaient le symbole des sept Aphorismes (maximes), chacun d'eux étant en relation avec une divinité planétaire. Voici ces maximes, qui inspirèrent longtemps la tradition philosophique grecque :
1 - Connais-toi toi-même (repris par Socrate)
2 - Tout coule (repris par Héraclite)
3 - Profite du temps (repris par les Epicuriens)
4 - Tout est vanité (repris par les Stoïques)
5 - Casse l'action avec des pauses
6 - Rien avec excès (repris par les Epicuriens)
7 - Personne ne peut échapper à la force du destin
La consultation prenait ensuite la forme suivante :
Tout d'abord le consultant devait s'acquitter d'une taxe auprès d'une confédération de cité,
la demande pouvait être fait individuellement ou collectivement (au nom d'une cité par exemple). Et le paiement d'une surtaxe ou le fait de rendre des services permettait d'obtenir la promantie, c'est à dire la priorité pour la prédiction. (on suppose que c'est la raison pour laquelle la fameuse colonne du sphinx naxien fût offerte par Naxos au sanctuaire par exemple.
Ensuite, il rencontrait la pythie, désormais purifiée, assise sur un trépied. Il lui posait alors sa question par écrit ou par oral. Suite à quoi, la Pythie, cachée derrière un rideau, donnait une réponse inintelligible pour le commun des mortels que deux prophètes étaient chargés d'interpréter et de mettre en vers.
La pythie avait un rôle religieux majeur, et son sanctuaire à Delphes était considéré comme le plus haut lieu sacré de la mantique grecque. On le considérait avec crainte ou admiration, mais jamais sans respect. A l'image d'Apollon, un lieu ambigu, dont les prophéties étaient à l'image du dieu : paradoxales. On peut relever l'exemple légendaire du roi Crésus, qui alla demander à la Pythie s'il devait attaquer les Perses. Celle-ci lui répondit que si il le faisait « Un grand royaume serait détruit ». Dès lors, plein de confiance, Crésus affronta Cyrus II, et effectivement, un grand royaume fût détruit, mais ce ne fût pas celui que Crésus espérait...

II.3.3) La place dans l'histoire

Apollon fût un des dieux les plus présents dans l'histoire du monde grec antique, à travers les prophéties qu'il était supposé inspiré à la Pythie, il eût un impact majeur sur les événements qui s'y déroulèrent. Au sens le plus direct du terme tout d'abord, à travers les conséquences immédiates de certaines prophéties, dont voici quelques exemples :
Par exemple, lors des guerres médiques, en 480, la légende raconte que les grecs avaient consulté le Dieu à Delphes, et que celui-ci aurait prédit par la voix de l'oracle que pour obtenir la victoire, les grecs devaient se retrancher derrière des murailles de bois. Alors que la plupart auraient interprété la prophétie comme une exhortation à se réfugier derrière les murs athéniens, Thémistocle lui comprit les murailles de bois comme une métaphore des coques des bateaux nouvellement construits, il décida d'attaquer les perses en mer dans le golfe saronique... La suite comme on dit, appartient à l'Histoire. Néanmoins il est aussi à noté qu'en 490, l'oracle prédit que l'intervention spartiate nuirait à la guerre, mais que ce serait il passé si Léonidas n'était pas intervenu aux Thermopyles ?
Cet exemple n'en est qu'un parmi les nombreuses controverses qui se créèrent autour des prédictions ambiguës de la Pythie. On accusa notamment l'oracle de mêdiser (mêdizdein) parler en faveur des mèdes pendant la première guerre médique, du fait de la prédiction faite aux spartiates pour la carneia. Mais on l'accusa aussi de Lacôniser (lakônizdein) pendant la guerre du péloponnèse, c'est à dire de soutenir Lacédémone (Sparte) et plus tard de philippiser, c'est à dire de soutenir les barbares de Philippe II.
En réalité, l'oracle se montrait surtout anti-athénien, car le peuple de Delphes assez conservateur et favorable à l'aristocratie se méfiait de la démocratie attique. Toutefois là encore il faut nuancer, on sait notamment que la pythie encouragea plusieurs fois l'impérialisme athénien, par le soutien à la fondation de clérouquies. Un exemple : un Athénien nommé bathos, souffrant d'un bégaiement très handicapant dans une cité où l'éloquence était aussi importante alla consulter l'oracle. Celle-ci lui dit qu'il devait se rendre à Cyrène pour y fonder une cité. Là-bas il trouva un lion, et la peur que l'animal lui causa le guérit instantanément. Et c'est ainsi que la légende attribue à la pythie l'origine de la colonie lybienne.
Alors, quelle part de vrai y a t'il dans ces légendes ? Comme tout ce qui touche à l'antiquité, il est difficile de différencier le mythe de la réalité, mais les nombreuses occurrences parsemant le légendaire héllénique nous pousse à croire que le rôle de la pythie était effectivement plus qu'un simple rôle spirituel, et que même si la religion était d'une importance capitale en grèce (les spartiates ne sont ils pas resté dans leur cité à cause de la carneia en cours ? Fête dédiée à Apollon elle aussi), l'influence de la pythie a été majeure tout au long de l'histoire de la grèce antique.
Enfin, on peut aussi mentionner l'importance de l'amphictionie delphique, facteur d'unité panhéllénique ou le rôle économique, religieux et spirituel majeur du sanctuaire, mais ce serait s'éloigner de notre sujet, qui reste avant tout le dieu Apollon.

Les origines mythologiques
Recherches à faire : Les deux héllénistes (Nilsson et l'autre)
Au début du XXe siècle, on proposa pour Apollon une origine orientale, le faisant venir d'Anatolie ou de Syrie. Cette thèse de Martin Persson Nilsson ou de Ulrich von Wilamowitz-Mollendörf s'appuyait sur plusieurs faits : tout d'abord, une des épichoriques du Dieu étant Apollon Lycien, on supposa que le Dieu trouvait ses origines dans cette région d'Asie Mineure. De plus, le nom de sa mère, Lêto, proviendrait du mot Lycien « Laca » qui signifie « femme ». Autre argument allant dans ce sens : le principal attribut d'Apollon (comme celui de sa soeur Artémis) est l'arc, or celui-ci n'est pas une arme grecque, qui lui préféraient les armes de corps à corps comme la lance, et qui était basée sur des phalanges d'hoplites. A cette arme barbare (au sens grec du terme : tous ceux qui ne parlaient pas grec) s'ajoute une autre bizarrerie : contrairement à tous les autres dieux, Apollon et Artémis portent tous deux des bottes au lieu de sandales (IMAGE). Les autres pistes de cette origine anatolienne nous sont données dans la mythologie elle même. Comme chacun le sait, tout récit légendaire est basé sur des réalités temporellement très lointaines. Ainsi, le récit de Lêto recherchant désespérément un lieu pour enfanter et se voyant rejetée un peu partout dans la mer Egée semble confirmer la thèse d'un Dieu étranger. A cela il faut ajouter au fait que dans l'Iliade, Apollon prend parti pour les troyens, sachant que Troie est une cité d'Asie mineure, ce qui donne encore un peu plus de crédit à cette théorie. De plus rappelons que son premier lieu de culte est bien sûr Délos, capitale religieuse des Ioniens, un autre peuple originaire d'Asie mineure, ce qui concorde d'ailleurs avec l'ensemble des récits théogoniques le concernant.
C’est paradoxalement peut-être le dieu le plus grec de tous, et son adoption rapide par les peuples hellènes a vite dissimulé ses origines lointaines, même dans le monde archéologique Apollon reste aussi ambigu qu'à son habitude. Pierre Grimal dira de cette thèse d'un Apollon anatolien, en prenant en compte le caractère profondément grec qu'il ne peut être totalement étranger, ainsi dans les années 1960 il émet l'hypothèse que Apollon serait le résultat d'une fusion syncrétique entre un dieu primitif grec et un autre d'origine hittite, peuple ayant habité l'Asie mineure vers le milieu du second millénaire avant notre ère.
Une autre thèse fait d'Apollon un dieu d'origine dorienne. Rappelons rapidement que ce peuple est venu installer avec d'autres peuples (probablement originaires d'Asie mineure) vers le XXIIème siècle avant notre ère, au cours de ce qu'on a appelé les « invasions doriennes ». Ce peuple installé dans le péloponnèse vénérait en effet un dieu nommé « Apellôn »... Au delà de l'étonnante ressemblance théonymique, on note que cet Apellôn possédait avant tout des fonctions agraires, son nom venant du mot « Apella » signifiant à la fois « bergerie » ou « assemblée ». On suppose que cette divinité était une fusion syncrétique de plusieurs dieux pré-grecs, et qu’Apollon serait lui même la fusion de plusieurs dieux dont l'Apellôn dorien. Ce processus de synthèse des dieux était en effet fréquent lorsque plusieurs tribus ou peuples aux religions légèrement différentes vivaient ensemble longtemps sur un même territoire. Enfin, lorsque son culte s’introduit en Grèce, il est déjà honoré par d’autres peuples pré-hellènes, d'ailleurs l’Hymne homérique nous indique que ses premiers prêtres étaient crétois.

Aujourd'hui la thèse la plus populaire quant à ses origines à été avancée par Bernard Sergent, qui a démontré de manière quasi incontestable que le dieu Apollon serait bien un dieu d'origine indo-européenne, mais qu'il était en réalité un héritage commun aux grecs comme aux celtes, datant du IIIème millénaire avant notre ère. Il a en effet établi dans son Livre des dieux que pratiquement toutes les caractéristiques d'Apollon se retrouvent chez le dieu celtique Lug. B. Sergent compare une à une toutes les caractéristiques connues de Lug et d'Apollon et relève de nombreux points communs : ce sont des dieux lumineux, jeunes, beaux, grands, mais parfois polycéphales et hermaphrodites, pratiquant des épiphanies, des rapides disposant d'une puissance foudroyante, de très grands « druides », des guerriers, des divinités agraires associés aux arbres, des maîtres du temps, des médecins, les maîtres des fondations, les responsables des défrichements et des chemins, les protecteurs des assemblées, les maîtres des initiations, des méchants, des rusés, des maîtres des techniques, des maîtres tout court, des dieux des hauts lieux et des grosses pierres.
Leurs attributs communs sont l'arme de jet, l'instrument à cordes, le corbeau, le roitelet, « l'aigle pourri », le cygne, le coq, le héron et la grue, le chien et le loup, le cerf, le sanglier, le serpent et la tortue, l'ours, le dauphin, le phoque, le poisson, le cheval, la pomme et la branche nourricière, les nombres trois, sept et neuf, la danse en rond sur un pied, la pourriture.
De plus ils ont en commun de nombreux récits mythologiques, à commencer par leur naissance, mais aussi d'autres scènes comme par exemple la fondation de jeux ou le mythe selon lequel Apollon attache le Satyre Marsyas à un pin pour l’écorcher est vu comme une déformation d’un mythe antérieur où c’est Apollon qui était accroché à un arbre puis écorché ou décharné. Un parallèle est ainsi trouvé avec l’histoire de Lleu, la version galloise de Lug, qui meurt et perd sa chair au sommet d’un chêne (mouais).
De plus selon B. Sergent, le culte d'Apollon ne s'est fixé en Lycie qu'au IVe siècle av. J.-C.. Auparavant, les Grecs ont pu faire des « jeux de mots » entre le nom de la Lycie (Lukia en grec) et les épithètes Lukeios, Lukios, Lukêgenès d'Apollon, qui se rapportent au loup (lukos), l'un des attributs d'Apollon, ou à la lumière (lukê). Il serait Lukê-genès, comme le dit l’Iliade, parce qu'il serait « né de la lumière » et non pas « né en Lycie ». (WIKIPEDIA, A REMANIER)

Les arts

Cette statue est l’un des rares bronzes de Praxitèle. Elle nous est connue par de ses multiples copies en marbre à l’époque romaine. Elle reste très célèbre pour deux raisons : elle est accessible et son thème pittoresque la rend décorative. On estime cette œuvre vers -340. C’est une œuvre de maturité et signe, par son originalité, l’ensemble de la carrière de Praxitèle.
Cette statue illustre Apollon prêt à tuer un lézard venimeux. Elle est caractéristique de l’œuvre de Praxitèle qui avait pour coutume de traiter les mythes par des scènes où les dieux sont traités de manière familière. Apollon est habituellement représenté sous les traits d’un homme dans la fleur de l’âge avec un corps athlétique et en mouvement avec son arc ou sa cithare. Cependant, on peut voir que le dieu est ici sous les traits d’un adolescent voir d’un enfant. Cela se remarque à la quasi inexistence de sa musculature et à l’importance que donne le sculpteur à la fluidité du corps. Apollon nous apparaît comme un enfant androgyne. En effet, certains gestes notamment l’inclinaison de la tête rappelle la grâce féminine ainsi que sa coiffure qui se rapproche de celle d’Aphrodite. Praxitèle repousse en réalité les limites de la sculpture traditionnelle. Cet Apollon Sauroctone surprend. La jambe fléchie, reposant sur la pointe des pieds se place en arrière de la jambe d’appui. Cette posture est possible grâce à l’appui extérieur du bras contre l’arbre. Cet arbre qui constitue un élément clé dans le sujet du chef d’œuvre puisque c’est sur celui que le lézard se déplace. On peut aussi remarquer que le fait que l’arbre soit haut, le bras à l’appui engendre une inclinaison des épaules très marqué. Ainsi cette figure très étirée se meut dans l’espace avec une grâce enfantine qui contraste avec la violence du geste.

Cette petite statuette a été retrouvée en mer de Piombino en 1834. Elle a longtemps été considérée comme le seul grand bronze archaïque entièrement conservé. Elle a les caractéristiques d’un kouros : frontalité et symétrie, jambes tendues, la gauche d’avancée en signe d’offrande. Il s’agit donc d’un Apollon faisant une libation, sujet classique qui cependant comporte une inscription singulière sur le cou-de-pied gauche : puisqu’il est dédié à Athéna. On peut déterminer que cette statuette date de l’époque archaïque notamment grâce aux canons physiques. La longueur excessive des jambes, le visage plus rond et les décorations dans la coiffure sont caractéristiques de l’époque archaïque. Pour la petite histoire, ce n’est qu’en 1967, qu’on découvre la véritable identité des artistes car lors de la rénovation de la statuette, les archéologues découvrent une petite lamelle de plomb portant le nom des deux sculpteurs à l’intérieur même du kouros. Cette œuvre serait donc issue d’un atelier de bronziers rhodiens originaires de Tyr vers 50 avt J.C.

Conclusion :

Ainsi, on a souligné à travers tout notre exposé l’ambiguïté d’Apollon dans sa plus absolue complexité. Certes, les dieux antiques, qu’ils soient grecs akkadiens ou carthaginois n’on jamais correspondu au carcan cartésien et manichéen qu’on aimerait leur appliquer de sorte qu’à un dieu corresponde un rôle et un aspect unidimensionnel positif ou négatif, mais on a vu qu’Apollon était encore plus difficile à appréhender que la majorité de ceux-ci. Tour à tour meurtrier sauvage des niobéides et musagète promouvant les arts, successivement incarnation de la beauté et commandant à la peste, divinité céleste et chtonienne à la fois, Apollon est un dieu plein de contraste et de significations contradictoires. C’est en cela qu’il est intéressant à étudier et qu’il est représentatif d’une Grèce antique à la fois inventrice de la philosophie, de la tragédie, de la comédie, de la démocratie et de la rhétorique, joyaux artistique et perle de la culture, mais qui est en même temps une Grèce guerrière, fondé sur une tradition de virilité, misogyne, esclavagiste, volontiers belliqueuse et violente.
Ainsi donc, si le Apollon mythologique est incroyablement complexe à appréhender comme personnage, on a pu voir que ces contradictions ne s’arrêtaient pas là. De par ses origines difficiles à cerner archéologiquement et son impact sur l’Histoire Grecque à travers les prophéties de la pythie, qui peuvent elles aussi mériter le qualificatif de paradoxales. On peut donc dire qu’Apollon a bien mérité son épiclèse d’oblique. Mais les grecs, dans leur génie, sont parvenus à faire la synthèse de ces contradictions, « la contradiction est la vie de l’esprit » disait Platon, et de créer à partir d’elles la figure fascinante de cet Apollon.
Car Apollon a fasciné, on l’a déjà dit, c’est un des dieux les plus représentés de l’antiquité, Mais à la renaissance aussi il marqua les esprits, et on trouve de nombreuses représentations de celui-ci dans l’art pictural et dans la statuaire de l’époque. Aujourd’hui encore, Apollon continue d’intéresser comme le montre le fait que de nombreux travaux lui soient encore aujourd’hui consacrés. (par exemple la thèse de Mr Sergent cité précédemment ou l’ouvrage récent Apollo the wolf god de Daniel Gershenson) et il bénéficie encore d’une large popularité comme on le voit sur cette éloquente image.

ramones

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Re: Exposé d'Apollon

Message  ramones le Lun 17 Jan - 22:27


ANNEXE 1: L'Hymne à Apollon d'Homère

L'hymne à Apollon a pour objet l'établissement par le dieu de ses rites. Plus qu'aucun autre, il est littérature en mouvement à travers les énumérations d'îles et de cités au fil desquelles Apollon étend son emprise sur tout le monde grec, instituant ici et là ses sanctuaires et ses Mystères. Le voici présenté dans une traduction en français :


Image : Apollon, d'après un vase antique


Je n'oublierai pas Apollon qui lance au loin ses flèches, Apollon qu'honorent les dieux quand il s'avance dans le palais de Zeus. Dès qu'il s'approche, dès qu'il tend son arc redoutable, toutes les divinités abandonnent leurs sièges. Létô seule reste aux côtés du roi de la foudre. Elle relâche la corde ; elle ferme le carquois, de ses mains elle enlève l'arc des fortes épaules d'Apollon et le suspend, par une cheville d'or, à la colonne de son père. Puis elle le conduit sur un trône superbe.
Zeus accueille son fils et lui présente le nectar dans une coupe d'or : tous les Immortels reprennent ensuite leurs places, et l'auguste Létô est fière d'avoir enfanté ce fils illustre qui porte un arc redoutable.
Salut, mère fortunée, ô Létô ! Tu as donné le jour à des enfants glorieux, le grand Apollon et Artémis qui se plaît à lancer des flèches ; elle naquit dans Ortygie, lui, dans l'âpre Délos, lorsque tu reposais sur les hauteurs du mont Cynthus, auprès d'un palmier et non loin des sources de l'Inope. Comment t'honorer dignement, ô Phébus, digne des plus grandes louanges. C'est à toi qu'on attribue de toutes parts les lois de l'harmonie, soit sur le continent fertile, soit dans les îles. Tu aimes les rochers, les âpres sommets des hautes montagnes, les fleuves qui se précipitent dans la mer, les promontoires penchés sur les flots, et les vastes ports de l'océan. Létô t'enfanta le premier, ô toi qui charmes les mortels ! Elle était alors couchée sur le mont Cynthus dans une île sauvage, dans la maritime Délos, où le flot bleuâtre, poussé par la douce haleine des vents, vient se briser sur le rivage. C'est de là que tu es parti pour régner sur tous les hommes, sur tous ceux que renferment la Crète, la ville d'Athènes, l'île Égine, l'Eubée, célèbre par ses vaisseaux, Aeges et Pirésie et Péparèthe, voisine de la mer, l'Athos de Thrace, les sommets élevés du Pélion, la Samothrace, les monts de l'Ida couverts d'ombrages, Scyros, Phocée, la montagne élevée d'Autocane, Imbros aux riches palais, Lemnos d'un abord si rude, la divine Lesbos, séjour de Macare, descendant d'Éole ; Chio, la plus féconde de toutes les îles qui sortent du sein des mers, la pierreuse Mimas, les hauteurs du Coryce, la brillante Claros, la vaste montagne d'Esagée, l'humide Samos, les sommets élevés de Mycale, Milet, Cos, ville des Méropes, la haute Cnide, Carpathe, battue des vents, Naxos, Paros et Rhénée, hérissée de rochers. Létô, près d'accoucher d'Apollon, fut obligée de parcourir toutes ces contrées pour en trouver une qui voulût offrir un asile à son fils : mais toutes furent saisies de crainte et de terreur et nulle n'osa, quoique fertile, recevoir Apollon. Enfin, la vénérable Létô arriva à Délos et s'adressant à celte île elle prononça ces paroles :
"Délos, donne un asile à mon fils, place-le dans un temple somptueux. Nul, jusqu'à ce jour, n'approcha de tes bords et ne t'adressa ses vœux : ni troupeaux de bœufs, ni troupeaux de brebis ne t'enrichissent : tu ne produis pas de vignes, tu ne produis aucune espèce de plante. Mais bâtis un temple au puissant Apollon et aussitôt tous les hommes rassemblés en foule t'immoleront des hécatombes ; ce roi te fécondera toujours, les dieux te protègeront, et quoique ton sol ne soit pas fertile, les étrangers t'apporteront des sacrifices dont la fumée s'élèvera vers les cieux."
Elle dit. Délos, remplie de joie, lui répondit en ces mots :
"Létô, fille illustre du grand Céus, c'est avec plaisir que je recevrai à sa naissance le dieu qui doit un jour lancer au loin ses flèches ; car il est vrai que je suis méprisée des mortels et alors, au contraire, je serai comblée d'honneurs. Mais je redoute une parole, ô Létô ! et je ne te la cacherai pas : on dit qu'Apollon deviendra terrible ; que sa domination s'étendra sur les Immortels et les faibles humains habitants de la terre féconde. Je crains donc au fond de mon âme que, lorsque ce dieu verra les rayons du soleil, il ne me méprise, moi qui suis stérile, et que, me frappant du pied, il me précipite dans les abîmes de la mer. Alors un flot en tourbillonnant m'engloutirait tout entière et pour toujours. Lui, cependant, irait chercher une contrée plus agréable pour y posséder un temple et des bois sacrés, et alors les polypes construiraient leurs demeures sur mon sol, les noirs phoques y bâtiraient leurs habitations pendant l'absence des peuples. Je me rends cependant à tes désirs, ô déesse, si tu consens à jurer avec serment qu'en ces lieux Apollon bâtira son temple magnifique pour être l'oracle des hommes, puisque dans la suite ce dieu doit être honoré sous plusieurs noms par tous les mortels."
Ainsi parla Délos : alors, Létô, prenant la parole, prononça ainsi le serment terrible des dieux :
"Je le jure maintenant par la terre, par les cieux élevés et par l'onde souterraine du Styx, serment le plus redouté des dieux immortels : ici seront pour toujours l'autel odorant et le chant consacré à Phébus, et lui t'honorera plus que toutes les contrées."
Dès qu'elle a prononcé ce serment, Délos se réjouit de la naissance du dieu qui lance au loin ses traits. Alors pendant neuf jours et pendant neuf nuits, Létô fut déchirée par les cruelles douleurs de l'enfantement. Toutes les déesses les plus illustres sont rassemblées autour d'elle. Dioné, Rhéa, Thémis qui poursuit les coupables, la gémissante Amphitrite, toutes, à l'exception d'Héra aux bras d'albâtre : celle-ci resta dans le palais du formidable Zeus. Cependant la seule Ilithye, déesse des accouchements, ignorait cette nouvelle ; elle était assise au sommet de l'Olympe dans un nuage d'or et fut retenue par les conseils d'Héra qui ressentait une fureur jalouse parce que Létô, à la belle chevelure, devait enfanter un fils puissant et irréprochable.
Alors pour amener Ilithye, les autres déesses envoyèrent de Délos la légère Iris en lui promettant un collier mêlé de fils d'or et long de neuf coudées. Elles lui recommandent surtout de l'avertir à l'insu d'Héra, de peur qu'elle ne l'arrête par ses paroles. Iris, aussi prompte que les vents, ayant reçu cet ordre, s'élance et franchit l'espace en un instant. Arrivée à la demeure des dieux sur le sommet de l'Olympe, elle appela Ilithye du seuil du palais et lui redit fidèlement toutes les paroles comme le lui avaient recommandé les habitantes des célestes demeures. Elle persuada l'âme d'Ilithye et toutes deux s'envolent semblables à de timides colombes. Lorsque la déesse qui préside aux enfantements arriva à Délos, Létô était en proie aux plus vives douleurs. Sur le point d'accoucher, elle entourait de ses bras un palmier et ses genoux pressaient la molle prairie. Bientôt la terre sourit de joie ; le dieu paraît à la lumière ; toutes les déesses poussent un cri religieux. Aussitôt, divin Phébus, elles te lavent chastement et te purifient dans une onde limpide et t'enveloppent dans un voile blanc, tissu délicat, nouvellement travaillé qu'elles nouent avec une ceinture d'or. Létô n'allaita pas Apollon au glaive étincelant. Thémis, de ses mains immortelles, lui offrit le nectar et la divine ambroisie. Létô fut alors comblée de joie d'avoir enfanté ce fils vaillant qui porte un arc redoutable.
Mais toi, ô Phébus ! à peine eusses-tu goûté la céleste nourriture, que les ceintures d'or ne purent retenir ton impétuosité : les liens ne t'arrêtent plus, tu déchires tes langes. Soudain le brillant Apollon dit aux déesses :
"Qu'on me donne une lyre harmonieuse et des arcs recourbés et désormais je révélerai aux hommes les oracles certains de Zeus."
En parlant ainsi, Phébus, à la forte chevelure, et qui lance au loin ses traits s'avançait fièrement sur la terre féconde. Les déesses étaient frappées d'étonnement. Délos paraît couverte d'or à la vue du fils de Zeus et de Létô. Elle se réjouit que ce dieu puissant l'ait choisie entre toutes les îles pour y fixer sa demeure et que son cœur l'ait préférée. Elle brille d'un vif éclat comme le sommet de la montagne couronnée des fleurs de la forêt.
Ô divin Apollon, toi qui porte un arc d'argent et lance au loin tes flèches, tantôt tu gravis les rochers du Cynthius, tantôt tu visite les hommes et les îles qu'ils habitent. Des temples nombreux et des bois ombragés s'élèvent en ton honneur. Tu aimes les rochers, les âpres sommets des montagnes et les fleuves qui se précipitent dans la mer. Mais, ô Phébus, Délos est le lieu le plus cher à ton cœur ; c'est là que se réunissent les Ioniens à la robe traînante avec leurs enfants et leurs épouses vénérables : c'est là qu'ils essaient de te charmer en se livrant aux combats du pugilat, de la danse et du chant. Si quelqu'un voyait les Ioniens rassemblés, il les dirait immortels et exempts de vieillesse. Le cœur se réjouit en voyant ces héros gracieux, leurs femmes ornées de ceintures, leurs vaisseaux rapides et leurs trésors abondants. Mais il est encore un grand prodige dont la gloire est impérissable, ce sont les filles de Délos elles-mêmes, prêtresses du dieu qui lance au loin ses traits. Elles célèbrent d'abord la gloire d'Apollon, puis elles rappellent Létô et Artémis jalouse de ses flèches ; elles chantent aussi les héros anciens et leurs épouses et charment la foule des humains. Elles savent imiter les danses et les chants de tous les peuples. On dirait que chacun d'eux parle lui-même, tant ces belles voix imitent facilement leurs accords.
Soyez-nous favorables, Apollon et Artémis. Salut à vous, ô leurs prêtresses. Ressouvenez-vous de moi dans l'avenir, et si jamais parmi les hommes quelque voyageur malheureux vous interroge et vous dit :
"Jeunes filles, quel est le plus illustre des chanteurs qui fréquentent cette île ? Lequel vous charma davantage ? "
Pleines de bienveillance pour moi, puissiez-vous répondre :
"C'est le chanteur aveugle. Il habite dans la montagneuse Chio : ses chants conserveront une éternelle renommée dans les siècles futurs."
Quant à moi, je redirai votre gloire par toute la terre jusqu'au sein des villes populeuses : les hommes seront convaincus, car c'est la vérité.
Non, je n'oublierai pas Apollon qui lance au loin ses traits. Je chanterai le dieu qui porte un arc d'argent, le dieu qu'enfanta Létô à la blonde chevelure...
Ô Apollon, qui posséde la Lycie, l'agréable Méonie et l'aimable ville de Milet, située au bord de la mer, tu étends aussi ta puissance sur Délos, qu'entourent les ondes. Le fils de la blonde Létô, faisant résonner une lyre harmonieuse, s'avance vers l'âpre contrée de Pytho, revêtu d'habits immortels et tout parfumé d'essences ; son archet d'or fait rendre à l'instrument les sons les plus mélodieux. Puis abandonnant la terre, il s'élève jusqu'à l'Olympe, et, rapide comme la pensée, pénètre dans les demeures de Zeus pour se rendre à l'assemblée des dieux ; aussitôt les Immortels consacrent tous leurs instants au chant et à la lyre. Toutes les Muses font entendre leurs voix mélodieuses : elles chantent l'éternelle félicité des dieux et les souffrances des hommes qui vivent dans l'erreur et la faiblesse, sous la domination des Immortels, et ne peuvent trouver aucun asile contre la mort, aucun remède contre la vieillesse. Les Grâces, à la chevelure superbe, les Heures bienveillantes, Hébé, Harmonie, et Aphrodite, la fille de Zeus, forment les chœurs des danses en se tenant par la main ; une divinité grande et admirable à voir et qui certes n'est pas une faible déesse, Artémis, heureuse de ses flèches et la sœur d'Apollon, les accompagne d'une voix mélodieuse. Arès et le meurtrier vigilant d'Argos se joignent à ces jeux. Enfin le brillant Apollon lui-même joue de la lyre en marchant dans la splendeur de sa grâce et de sa fierté. Il brille d'une vive lumière, l'éclat de ses pieds et de sa longue tunique rayonne au loin. Létôà la blonde chevelure et le puissant Zeus ressentent une vive joie dans leur âme en voyant leur fils se mêler ainsi aux jeux de la troupe immortelle.
Comment te comblerai-je d'assez d'honneurs, ô toi, digne des plus grandes louanges ? Chanterai-je tes plaisirs et tes amours lorsque, pour t'unir à la jeune Azantide, tu luttas avec le noble Ischys, vaillant cavalier issu d'Élation ? ou bien avec Phorbas, fils de Triopée, avec Érechtée, avec Leucippe et son épouse, toi à pied, lui monté sur un char ? ... Ou bien dirai-je, ô Apollon, toutes les contrées que tu as parcourues, cherchant un lieu propice pour rendre tes oracles aux mortels.
D'abord en quittant l'Olympe, tu es venu dans la Piérie, dans Lectos, dans Émathie, dans le pays des Éniens et parmi les Perrhèbes ; tu as visité Iolchos et Cénée, promontoire de l'Eubée, célèbre par ses navires. Tu es resté quelque temps dans les champs de Lélanté, mais ton cœur ne trouva pas ce pays assez beau pour y bâtir un temple au milieu d'un bois ombragé. De là, tu as franchi l'Euripe, divin Apollon ; tu as traversé une montagne verdoyante ; tu es parvenu en peu d'instants à Mycalesse et jusque dans Teumèse aux gras pâturages. Enfin tu es arrivé à Thèbes dont le sol était couvert de bois. Les hommes n'habitaient pas encore la ville sacrée de Thèbes ; ni chemins, ni sentiers ne traversaient alors cette vaste plaine fertile ; on n'y voyait qu'une forêt immense.
Divinité puissante, tu n'as pas tardé à quitter ces lieux ; tu es venue dans Oncheste, où s'élève le bois sacré de Poséidon. C'est là que le jeune coursier nouvellement dompté respire fortement de ses naseaux après avoir traîné le char magnifique. Le conducteur habile s'élance à terre et abandonne le char qui poursuit sa course. Désormais sans guide, les chevaux s'emportent avec rapidité. S'ils arrivent jusqu'au bois ombragé, des serviteurs détellent les coursiers dont ils prennent soin et rangent le char en l'inclinant. Ainsi fut établie cette fête dans l'origine. Ensuite les peuples implorent Poséidon pour que le Destin conserve le char de ce dieu.
Bientôt tu as abandonné ces lieux, divin Apollon ; tu es arrivé sur les bords riants du Céphise qui roule ses ondes limpides loin de Litée. Tu as franchi la ville d'Ocalie aux nombreuses tours, et tu es parvenu dans les prairies d'Aliartes près de la fontaine Telphouse. Ce lieu était propice pour construire un temple et planter un bois ombragé. Tu t'es alors approché de la fontaine et tu lui as adressé ces paroles :
"Telphouse, j'ai résolu de bâtir en ces lieux un temple superbe pour y rendre mes oracles aux mortels. Ils m'immoleront de magnifiques hécatombes et viendront, me consulter de tous les lieux de la terre, du fertile Péloponnèse, de l'Europe ou des îles. Je leur ferai connaître à tous un avenir certain et je rendrai des oracles dans ce temple somptueux."
En parlant ainsi, Apollon posait les fondements d'un temple vaste et solide. Delphuse, l'ayant vu, s'irrita jusqu'au fond de l'âme et fit entendre ces paroles :
"Écoutez-moi, puissant Phébus qui lancez au loin vos traits, je veux déposer une parole en votre sein : vous avez résolu de construire en ces lieux un temple superbe pour rendre vos oracles aux mortels qui viendront vous immoler d'illustres hécatombes. Mais sachez-le et retenez bien ce discours dans votre pensée : vous serez sans cesse troublé par le bruit des coursiers rapides et des mules qui viendront se désaltérer à mes sources sacrées. Ici les hommes préfèrent le spectacle des chars solides et le bruit des coursiers qui fendent l'air à l'aspect d'un temple spacieux et renfermant d'abondantes richesses. Laissez-vous donc persuader, illustre divinité, bien plus grande, bien plus puissante que moi, et dont la force est immense ; et construisez un temple à Crisa dans une vallée du Parnasse. Là jamais on ne voit de chars magnifiques ; le bruit des rapides coursiers ne retentira jamais autour de votre autel magnifique. Les mortels viendront offrir leurs sacrifices au divin Iè Paean ; vous, le cœur plein de joie, vous recevrez leurs pompeuses offrandes."
Par cet habile discours, Telphouse persuada le dieu qui lance au loin ses traits. Elle voulait conserver et ne pas se laisser ravir par Apollon la gloire de régner sur cette contrée.
Tu as donc quitté ces lieux, ô puissant Apollon, et tu es venu dans la ville des Phlégiens, hommes pleins d'audace, méprisant Zeus, qui habitent une riche vallée prés du lac Céphise. Tu as monté en courant jusqu'au sommet de la montagne, tu es arrivé à Crisa sur le neigeux Parnasse, à l'endroit où cette montagne est battue du souffle du zéphyr. Là, de vastes rochers qui pendent sur l'abîme forment une vallée âpre et profonde ; le brillant Phébus conçut le dessein d'y construire un temple magnifique et prononça ces paroles :
"J'ai résolu de bâtir en ces lieux un temple superbe pour y rendre mes oracles aux mortels. Ils m'immoleront de magnifiques hécatombes et viendront me consulter de tous les lieux de la terre, du fertile Péloponnèse, de l'Europe ou des îles. Je leur ferai connaître à tous un avenir certain et je rendrai des oracles dans ce temple somptueux."
En parlant ainsi le divin Apollon jeta les fondements de son temple vaste et solide. Sur ces fondements Agamède et Trophonius, tous deux fils d'Ergine et chers aux dieux immortels, posèrent le seuil. Les nombreuses tribus des hommes bâtirent avec des pierres polies un temple qui devait être à jamais célèbre. Près de ce temple était une fontaine limpide où Apollon tua de son arc redoutable une hydre énorme, affreuse, monstre sauvage et altéré de sang qui accablait de maux nombreux les hommes et les troupeaux de brebis. Autrefois cette hydre, protégée par Héra au trône d'or, avait nourri l'infâme Typhon, la terreur des mortels, ce fils de Héra, qu'elle avait enfanté dans son indignation contre Zeus lorsqu'il conçut dans son cerveau l'illustre Athéna. Pleine de courroux l'auguste Héra adressa ce discours aux immortels assemblés :
"Écoutez-moi, dieux et déesses, le formidable Zeus est le premier qui me méprise après m'avoir choisie entre toutes pour être son épouse vertueuse. Loin de moi maintenant, il a conçu la superbe Pallas, célèbre entre toutes les déesses fortunées, tandis que mon fils Héphaïstos aux pieds mutilés est né le plus faible de toutes les divinités ; moi-même quand je lui donnai le jour, je le saisis et je le précipitai dans la vaste mer ; mais la fille de Nérée, Thétis aux pieds d'argent, le reçut et le nourrit avec ses sœurs. Ah ! Zeus devait honorer plus dignement les dieux. Insensé ! perfide ! quel autre dessein médites-tu donc maintenant ? Comment seul as-tu pu concevoir la pensée d'enfanter la belle Athéna ? N'aurais-je pu l'enfanter aussi, moi, nommée ton épouse par tous les Immortels qui règnent dans les cieux ? Hé bien ! moi aussi je veux employer toute mon habileté pour qu'il me naisse un fils qui soit célèbre entre tous les dieux ; je n'outragerai ni ta couche ni la mienne, je ne partagerai pas ton lit, et quoique éloignée de toi je vivrai parmi les dieux immortels."
Elle dit, et s'éloigne des dieux, le cœur dévoré de chagrin. Aussitôt l'auguste Héra forme des vœux, et de sa main frappant la terre elle prononce ces paroles :
"Écoutez-moi, Terre, Cieux élevés, et vous dieux Titans, qui dans des abîmes horribles habitez au fond du Tartare, vous qui avez donné naissance aux dieux et aux hommes, écoutez-moi tous maintenant, et procurez-moi sans l'aide de Zeus, un fils dont la force ne lui soit pas inférieure, mais qui soit aussi supérieur à Zeus que Zeus est supérieur à Cronos."
Héra parle ainsi et frappe le sol d'une main vigoureuse ; la terre féconde en est ébranlée, et Héra se réjouit dans son âme car elle pense que ses vœux sont exaucés. Durant une année entière elle ne partagea pas la couche de Zeus, et comme autrefois ne prit pas place sur le trône magnifique d'où souvent elle dicta de sages conseils ; mais elle resta dans les temples remplis de ses nombreux adorateurs ; elle se plut à recevoir leurs sacrifices. Les jours et les mois s'étant écoulés et les heures dans leur cours ayant amené le terme de l'année, cette divinité enfanta un fils différent des dieux et des hommes, l'horrible et funeste Typhon la terreur des mortels. Héra prenant ce monstre dans ses bras le porte à l'hydre épouvantable ; celle-ci le reçut. Cette hydre causait des maux innombrables aux humains ; quiconque s'offrait à sa vue trouvait la mort, jusqu'au moment où le puissant Apollon la frappa d'une flèche terrible. Alors l'hydre en proie aux plus vives douleurs, respirant à peine, se roule sur le sable, pousse d'affreux sifflements, se tord en tous sens, se précipite au milieu de la forêt ; et dans son souffle empesté exhale sa sanglante vie. Cependant Apollon s'écriait dans la joie de son triomphe :
"Que ton corps desséché pourrisse sur ce sol fertile ; tu ne seras plus le fléau des mortels qui se nourrissent des fruits de la terre féconde et ils viendront m'immoler ici de magnifiques hécatombes ; ni Typhée, ni l'odieuse Chimère ne pourront t'arracher à la mort, mais la terre et le soleil dans sa carrière céleste feront pourrir ici ton cadavre."
Ainsi dit Apollon, fier de sa victoire. Une ombre épaisse couvre les yeux du serpent ; échauffé par les rayons du soleil il tombe en pourriture. Voilà comment cette contrée prit le nom de Pytho : les habitants donnèrent au dieu le nom de Pythien, parce qu'en ces lieux le soleil de ses rayons dévorants a pourri ce monstre terrible. Apollon s'apercevant alors que la brillante fontaine l'a trompé, plein de courroux, se rend près de Telphouse et lui adresse ces paroles :
"Telphouse, tu ne devais pas me tromper pour régner seule sur cette charmante contrée où s'écoulent tes ondes limpides ; je veux que ma gloire brille en ces lieux et non la tienne seulement."
Le puissant Apollon précipite aussitôt sur la fontaine le promontoire et ses roches élevées ; il cache sa source et construit un autel au milieu d'un bois sacré non loin des eaux murmurantes. Les peuples le surnommèrent Telphousien parce qu'il enleva tous les honneurs a la fontaine sacrée de Telphouse.
Cependant le divin Apollon réfléchissait au fond de son âme quels hommes seraient ses ministres pour le servir dans l'âpre Pytho.
Tandis qu'il agite ces pensées dans son sein, il aperçoit sur la vaste mer un vaisseau rapide ; dans ce vaisseau se trouvaient beaucoup d'hommes pleins de courage, des Crétois arrivant de Cnosse, ville de Minos, destinés à offrir un jour des sacrifices à la divinité, à publier les oracles du brillant Apollon au glaive d'or, lorsqu'il annoncera ses prophéties immortelles dans les vallons du Parnasse. Ces Crétois, dans l'intention de faire le négoce et d'amasser des richesses, voguaient sur leur léger navire vers la sablonneuse Pylos et les hommes qui l'habitent. Apollon les ayant découverts se précipite dans les ondes et, sous la forme d'un dauphin, se place sur le navire comme un monstre immense et terrible. Aucun des nautoniers ne le remarqua, aucun ne l'aperçut, mais chaque fois que le dauphin s'agitait, il remuait toutes les poutres du vaisseau ; les matelots tremblants restaient assis et gardaient le silence ; ils ne tendaient pas les cordages, ils ne déployaient pas les voiles, mais ils naviguaient toujours dans la même direction où d'abord ils avaient été lancés à force de rames. Notus, de son souffle impétueux, poussait avec force le rapide navire. D'abord ils doublèrent le cap Malée, côtoyèrent la Laconie, Hélos située sur les bords de la mer et le pays du soleil fécondant, Ténare, où paissent toujours les troupeaux du puissant Soleil, qui règne seul dans cette charmante contrée.
C'est la que les Crétois voulaient arrêter leur vaisseau, et voir, en descendant, si le monstre resterait sur le pont du navire, ou s'il se plongerait dans l'onde poissonneuse : mais le vaisseau aux larges flancs refuse d'obéir au gouvernail ; il continue sa route en côtoyant le fertile Péloponnèse. Le puissant Apollon de son souffle le dirige sans effort ; le navire poursuit sa course rapide, il passe devant Arène, l'agréable Thryos où l'Alphée offre un gué facile, devant la sablonneuse Pylos et les hommes qui l'habitent. Il franchit Crune, la Chalcide, Dyme, et la divine Élide où règnent les Épéens. Après avoir franchi les rivages de Phère, on vit se dessiner au sein des nuages la haute montagne d'Ithaque, Samé, Dulichium, et la verte Zacynthe. Puis le navire ayant côtoyé tout le Péloponnèse, on découvrit le vaste golfe de Crisa, qui lui sert de limite. En cet instant un vent violent et serein, le zéphyr, obéissant à la volonté de Zeus, se précipite des cieux, afin que le vaisseau fende plus rapidement de sa proue les flots salés de la mer. En ce moment, les Crétois se dirigent vers l'aurore et le soleil. Un dieu les guide, c'est Apollon, fils de Zeus : ils arrivent bientôt dans l'heureuse Crisa, fertile en vignes ; ils entrent au port, le large vaisseau s'enfonce dans le sable.
Apollon s'élance aussitôt du navire, pareil à un météore qui paraîtrait en plein jour : mille rayons lui forment une auréole, et sa splendeur monte jusqu'aux cieux. Le dieu pénètre en son sanctuaire au milieu des trépieds sacrés.
Lui-même brille d'une vive flamme, signe de sa présence, et son éclat se répand sur foule la ville de Crisa : les épouses des Criséens et leurs filles aux belles ceintures jettent vers le ciel un cri religieux à l'apparition d’Apollon. Chacun est saisi de crainte. Aussitôt Phébus, rapide comme la pensée, s'élance sur le navire sous les traits d'un héros vigoureux et vaillant, resplendissant de la fleur de l'âge, et sa chevelure flottant sur ses larges épaules ; alors il s'adresse aux Crétois et leur dit ces paroles :
"Qui donc êtes-vous, ô étrangers ? De quels pays venez-vous à travers les plaines liquides ? Est-ce pour vous livrer au commerce ou bien errez-vous au hasard comme des pirates, jouant leur vie et fendant la mer, pour surprendre et ravager les nations lointaines ? Pourquoi rester ainsi immobiles et tremblants, ne pas descendre à terre et ne pas enlever les agrès du navire ? C'est cependant ainsi que font les nautoniers lorsque, après les fatigues d'une longue traversée, ils touchent enfin aux rivages : car alors ils éprouvent un vif désir de prendre une douce nourriture."
Par ces paroles le dieu renouvelle leur courage, et le chef des Crétois lui répond en ces mots :
"Étranger, qui par votre figure et votre taille ne ressemblez pas aux hommes, mais aux dieux immortels, salut ! Soyez comblé de félicité et que les habitants de l'Olympe vous accordent tous les biens. Parlez-moi avec sincérité et faites-moi connaître ce peuple et ce pays. Quels hommes sont nés en ces lieux ? Nous désirons aller à Pylos. Nous sommes partis de la Crète où nous nous glorifions d'être nés, et nous avons franchi les vastes mers. Maintenant, impatients du retour, c'est malgré nous que notre vaisseau nous a conduits en ces lieux par une autre route et par d'autres chemins. Une divinité nous a amenés ici contre notre volonté.
- Étrangers, répondit le grand Apollon, ô vous qui jusqu'à ce jour avez habité Cnosse, couronnée de forêts, vous ne reverrez plus cette ville aimable, vous ne reverrez plus vos riches demeures ni vos épouses chéries, mais vous resterez ici pour garder mon temple, et vous serez honorés par de nombreux mortels. Je suis le fils de Zeus, je me glorifie d'être Apollon : c'est moi qui vous ai guidés en ces lieux, à travers les mers immenses sans mauvais dessein, mais afin que vous soyez les gardiens de mon temple et que vous receviez les hommages de tous les peuples. Vous connaîtrez les desseins des dieux, et par leurs volontés vous serez à jamais comblés d'honneurs. Mais obéissez de suite à mes ordres, pliez les voiles, tirez le navire sur le rivage, enlevez promptement les richesses et les agrès qu'il contient, et construisez un autel sur le bord de la mer. Puis vous allumerez le feu, vous y jetterez la blanche fleur de farine et vous prierez en vous tenant debout autour de l'autel : vous implorerez Apollon Delphien, parce que c'est moi qui, sous la forme d'un dauphin, ai dirigé votre vaisseau à travers les flots azurés : l'autel, qui recevra de même le nom de Delphien, subsistera toujours. Préparez le repas près du navire et faites des libations en l'honneur des dieux immortels de l'Olympe. Quand vous aurez pris abondamment la douce nourriture, vous m'accompagnerez en chantant Iè Paean jusqu'à ce que vous arriviez aux lieux où s'élèvera mon riche temple."
Il dit. Les Crétois obéissent à l'ordre qu'ils ont entendu : ils plient les voiles et détachent les câbles ; ils abaissent le mât en le soutenant avec des cordages, puis ils se répandent sur le rivage de la mer. Ils tirent le navire dans le sable, l'étaient avec de larges poutres et construisent un autel sur la grève. Ils allument le feu, ils y jettent la blanche fleur de farine et prient debout autour de l'autel, ainsi que le dieu l'avait ordonné. Tous ensuite préparent le repas non loin du navire et font des libations en l'honneur des habitants fortunés de l'Olympe. La faim et la soif étant apaisées, ils quittent ces bords. Le fils de Zeus, Apollon, les précéda, tenant une lyre dans ses mains et la faisant résonner en accents mélodieux : il s'avance avec une démarche haute et fière. Les Crétois l'accompagnent jusque dans Pythos en chantant Iè Paean ; car tels sont les Péans des Crétois, hymnes sacrés, chants sublimes qu'une muse leur a inspirés. Sans nulle fatigue ils franchissent à pied la colline et parviennent bientôt sur la riante colline du Parnasse, où le dieu devait habiter et recevoir les hommages de tous les peuples de la terre. Apollon, qui les conduit, leur montre les riches parvis du temple. Leur âme est émue dans leur poitrine, et le chef des Crétois, interrogeant le dieu, lui adresse t gvcy jces paroles :
"Roi puissant, vous nous avez conduits loin de notre patrie et de nos amis, c'est là votre volonté ; mais désormais comment subsisterons-nous ? Nous vous supplions de nous l'apprendre. Ces lieux ne produisent ni vignobles agréables, ni fertiles pâturages, ni rien de ce qui peut rendre heureux dans la société des hommes."
Apollon lui répond aussitôt avec un doux sourire :
"Hommes faibles et infortunés, pourquoi donc abandonner ainsi votre âme aux soins, aux travaux pénibles, aux noirs chagrins ? Je vais vous donner un conseil facile à suivre ; conservez-le dans votre souvenir. Chacun de vous, tenant un glaive dans sa main droite, immolera tous les jours une brebis, car vous aurez en abondance les victimes que viendront m'offrir les différents peuples du monde. Soyez donc les gardiens de ce temple ; accueillez les hommes qui se réuniront ici par mon inspiration, lors même que leurs actions et leurs paroles seraient choses vaines ou même seraient une injure, comme il arrive souvent aux faibles mortels. Ensuite viendront d'autres hommes qui vous serviront de guides : vous leur serez soumis par nécessité. Crétois, je t'ai dit toutes ces choses : que ton âme les conserve dans son souvenir."
Salut ! ô fils de Zeus et de Léto ! je ne t'oublierai jamais ; et je passe à un autre chant.


Sources mythologiques :

Apollodore, Bibliothèque: I,4,1; I,9,15; II,5,9; III,1,2; III,10,1; III,12,5
Hésiode,Théogonie:
Homère,Iliade:VII,452 ; XXI,441
Homère, Odyssée: hymne à apollon, illiade
Ovide, Métamorphoses: I,416; III,534; VI,382; X,106



Égée, roi d'Athènes, n'a pas eu d'enfant avec ses différentes épouses et souhaite un fils. Il consulte l'oracle de Delphes afin de mettre un terme à sa stérilité. La Pythie lui parle en ces termes :
« Tu ne dois en aucun cas délier le col de ton outre gonflée de vin avant d'avoir atteint le plus haut degré d'Athènes. »
Devant ces paroles énigmatiques, Égée se rend chez Médée, la magicienne de Colchide, et contre une protection, elle promet de lui trouver une femme. Sous l'enchantement, Éthra, la fille du roi Pitthée de Trézène, s'éprend d'Égée. Après l'étreinte, la jeune femme se réfugie dans l'île de Sphaéra où elle s'unit au dieu Poséidon. Doublement honorée cette nuit-là, elle mit au monde un fils, Thésée.


Thésée affronte le taureau de Marathon, lécythe à fond blanc du peintre d'Édimbourg, v. 500 av. J.-C., Musée national archéologique d'Athènes
Égée, qui doit repartir pour Athènes, n'assiste pas à sa naissance mais il recommande à Éthra de l'élever selon les normes de son rang. Il dépose, sous un rocher, une épée et des sandales d'or, insignes royaux qui lui dévoileraient le secret de sa naissance le jour où il pourrait soulever la roche. Enfant précoce et vigoureux, Thésée a aussi reçu en partage la séduction, la ruse et le courage. Émerveillée par tant de dons, sa mère le conduit devant le rocher : il le soulève facilement et comprend son identité royale. Il ignore cependant encore sa filiation avec Poséidon, le maître des demeures marines. Thésée prend la route vers Athènes ; en chemin, il tue, entre autres, Périphétès, Procuste, Sciron, Cercyon, la laie de Crommyon et Sinis, des brigands qui s'en prenaient aux voyageurs.




ramones

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